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Rwanda : l’enquête sur le meurtre de l’ex-chef du renseignement, Patrick Karegeya, revient devant la justice sud-africaine

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Plus de cinq ans après les faits, l'enquête relative au meurtre de l’ancien chef des renseignements extérieurs du Rwanda, passé dans l’opposition après son départ en exil, rebondit devant la justice sud-africaine au moment où les deux pays tentent de normaliser leurs relations diplomatiques.



1er janvier 2014, Michelangelo Hotel, dans le district de Sandton, en banlieue de Johannesburg. Ce jour-là, l’ancien chef des renseignements extérieurs rwandais, le colonel Patrick Karegeya, 53 ans, est retrouvé mort, étranglé, dans la chambre 905 du luxueux établissement sud-africain. Cinq ans après les faits, l’enquête, ouverte au lendemain de son assassinat devait être examinée par la justice sud-africaine à partir du 16 janvier.



Yusuf Baba, le procureur en charge de l’affaire au tribunal de Randburg, a annoncé que plus de 30 témoins – dont David Batenga et Leah Karegeya, respectivement neveu et veuve de l’ancien colonel, aujourd’hui domiciliés aux États-Unis – seraient entendus pendant au moins deux semaines. En revanche, les deux suspects identifiés lors de l’enquête ne seront pas présents puisqu’ils résident hors du pays. La justice sud-africaine semble déterminée à aller au bout de cette affaire qui mine depuis 2014 les relations entre Kigali et Pretoria.



Du NSS à l’opposition en exil



Ancien compagnon de lutte de Paul Kagame, ayant grandi comme lui en Ouganda, Patrick Karegeya avait participé à la création, en 1987, du Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement politico-militaire essentiellement composé d’exilés tutsi.



Devenu officier au sein des services de renseignement ougandais après l’arrivée au pouvoir de Yoweri Museveni, le colonel Karegeya assiste à la guerre civile rwandaise du début des années 1990 depuis Kampala, avant de rentrer à Kigali après le génocide de 1994. Il prend alors la tête du National Security Service (NSS), les services de sécurité rwandais. Tombé en disgrâce et reversé dans l’armée rwandaise au début des années 2000, Karegeya est condamné en 2006 à dix-huit mois de prison pour insubordination. À l’issue de sa sentence, il choisit l’exil en Afrique du Sud.



Rejoint par l’ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général Kayumba Nyamwasa, lui aussi ancien compagnon de lutte de Paul Kagame au sein du FPR, les deux exilés fondent en 2010 le Rwanda National Congress (RNC), un parti d’opposition partisan d’un renversement par la force du régime de Kigali. Le RNC est notamment soupçonné par les autorités rwandaises d’être à l’origine des attaques à la grenade qui ont frappé la capitale au début des années 2010.



En janvier 2011, Kayumba Nyamwasa et un ancien chef de cabinet du président Kagame, Theogene Rudasingwa, avaient été condamnés par contumace à vingt-quatre ans de réclusion par la Haute cour militaire de Kigali, tandis que Patrick Karegeya et l’ancien procureur général Gérald Gahima (frère de Rudasingwa) avaient hérité de vingt ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ».



Expulsion de diplomates



En janvier 2014, au lendemain de l’assassinat de Patrick Karegeya, le RNC pointe aussitôt Kigali du doigt, dénonçant – tout comme la famille de la victime – un assassinat politique. Une enquête est ouverte en Afrique du Sud dès le 2 janvier, mais très vite l’affaire vient empoisonner les relations entre le Rwanda et l’Afrique du Sud. Trois mois plus tard, la situation se dégrade davantage lorsqu’une tentative d’assassinat vise Kayumba Nyamwasa – c’est la troisième à viser l’ancien officier. Cette nouvelle affaire débouche sur l’expulsion de trois diplomates rwandais, accusés d’espionnage. De leur côté, les Rwandais ripostent dans la foulée en expulsant six diplomates sud-africains.



« Tout ça n’a rien à voir avec le Rwanda, c’est juste une affaire que la justice sud-africaine doit examiner », résume à Jeune Afrique le nouveau ministre rwandais des Affaires étrangères, Richard Sezibera, à propos des audiences qui devaient débuter aujourd’hui. Si le Rwanda a toujours nié son implication dans le meurtre de l’ancien colonel passé dans l’opposition, les autorités sud-africaines n’ont, quant à elles, désigné Kigali comme commanditaire. Le président Paul Kagame n’a, en revanche, jamais dissimulé son sentiment concernant la mort de son ancien maître espion. Quelques mois après l’assassinat, il déclarait à Jeune Afrique : « Le terrorisme a un prix, la trahison a un prix. On est tué comme on a soi-même tué. Chacun a la mort qu’il mérite ».



Quid du rapprochement ?



Alors que l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa semble avoir ouvert une nouvelle page dans les relations rwando-sud-africaines, le rapprochement entre les deux pays tarde à se concrétiser. La question des visas est toujours suspendue et le haut-commissaire à Kigali, George Twala, a été rappelé pour consultation mi-décembre. Les deux ministres des Affaires étrangères ont été chargés par leur président respectif de faire avancer le processus de normalisation mais « les relations ne sont pas encore durablement consolidées », reconnaît une source diplomatique sud-africaine.



Si la ministre des Affaires étrangères Lindiwe Sisulu a affirmé, mi-novembre, à l’occasion d’une conférence de presse, que ce procès ne porterait pas atteinte au rapprochement entre Kigali et Pretoria, le timing de la réouverture de l’enquête interroge au Rwanda. « C’est une question que les gens peuvent légitimement se poser. Cette enquête a débuté il y a cinq ans, il est donc curieux qu’elle resurgisse maintenant, estime Richard Sezibera. La question est : qu’est-ce que Karegeya faisait en Afrique du Sud ? Lui et Kayumba Nyamwasa, d’anciens officiers du renseignement, ont été impliqués dans des faits qui déstabilisent toujours le Rwanda. C’est cela qui nous concerne. Quant à ce qui leur est arrivé dans un autre pays, c’est le problème de ce pays et non du Rwanda ».



Jeune Afrique

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