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Zone de libre-échange africaine : interdiction de rire

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Les dirigeants africains ont-ils perdu le sens de l’honneur et de la réflexion, valeur cardinale de tout être humain ?

Lors du sommet extraordinaire du conseil exécutif de l’Union Africaine à Kigali, plus de 40 pays africains ont signé l’accord sur la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Ce projet devra permettre la création d’un marché de plus d’un milliard deux cents millions de personnes avec un produit brut de plus de trois mille milliards de dollars.

La mise en place de la Zone de libre-échange continentale implique une régulation de ce marché. Si les constitutions de beaucoup de pays africains sont déjà galvaudées pour des intérêts des Guides suprêmes, il y a plus de chance que la zone de libre-échange soit prise en otage par des intérêts économiquement flous accentuant ainsi la paupérisation des masses populaires africaines.

La signature d’un accord aussi important comme celui-ci devrait intellectuellement parlant, être précédée par des échanges scientifiques en vue d’éliminer des écueils et de le rendre plus réalisable sur le terrain. Quel est ce pays africain, qui avant la signature de cet fameux accord, a organisé un débat sur ce dernier ? Cela signifie en terme clair, que les hommes politiques africains peuvent se réunir et décider sans consultation préalable de leurs populations.

La vision de l'Union africaine est de «bâtir une Afrique intégrée, prospère et en paix, dirigée par ses citoyens et constituant une force dynamique sur la scène mondiale». L’intégration, la prospérité, la paix, le dynamisme économique, etc. sont des concepts creux et vides de sens dans une Afrique meurtrie et pillée avec la complicité de ses fils et filles corrompus jusqu’à la moelle épinière.

L’UA a été la photocopie de l’UE, de tous les objectifs assignés à l’Union africaine, aucun d’entre eux n’a jamais été atteint. La cause, le déficit démocratique, les guerres provoquées ici et là par les Africains, le pillage des ressources par les charognards du monde avec la complicité des dirigeants africains, l’absence d’infrastructures socio-économiques de base, etc.

La zone de libre-échange continentale entre sur la liste de toutes les autres initiatives hasardeuses de l’UA qui n’ont jamais connu un seul début d’application. Comment peut-on parler, même si on est frappé par la cécité politique et économique, de la zone de libre-échange dans un continent où la paix, élément essentiel d’échange, est une denrée miraculeuse partout en Afrique ? Les échanges supposent en plus des conditions de paix, les infrastructures économiques de base, la démocratie, des politiques économiques responsables, etc.

De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, le continent est miné par des zones d’insécurité grandissante (Boko Haram, génocide oublié de la RDC, Shebabs, etc.), le déficit de la production alimentaire, les pandémies, la désarticulation des systèmes sanitaires et scolaires, la pauvreté, etc.

Les Etats squelettes d’Afrique veulent une intégration économique avec quelle production et quelles infrastructures ? Il n’est un secret pour personne que les marchés des pays africains sont inondés par des produits venant d’Asie, d’Europe, d’Amérique, etc. Faut-il organiser des échanges avec des produits venant de ces continents ? Le ridicule ne tue pas en Afrique ; les dirigeants qui ont montré leur incapacité à construire une Afrique digne et prospère continuent à exécuter le plan d’asservissement du continent dicté par leurs maîtres.

Quel échange peut-on organiser là où le pétrole, le cobalt, le cuivre, l’or, le diamant, le manganèse, le cacao, le coton, le bois et tant d’autres ressources sont exportés à l’état brut ? Les Unités de transformation des produits sont quasi inexistantes dans la plupart des pays d’Afrique comme la RDC.

Il s’agit d’un accord permettant à quelques pays africains qui ont mis en place certaines infrastructures de continuer à exploiter leurs voisins. Un pays comme la RDC dont les échanges entre ses propres provinces sont presque nuls, peut-il contribuer efficacement à la zone de libre-échange ? Il s’agit d’une belle occasion pour accentuer son exploitation par ses voisins. Tenez, il est plus facile de partir de Kisangani vers Nairobi que de partir de Kisangani vers Mbandaka, route inexistante. Dans ces conditions, la RDC sera exploitée économiquement à l’Ouest par l’Angola, au Sud par l’Angola et la Zambie, au Nord par le Soudan et autres, à l’Est par le Rwanda, l’Uganda, etc.

Malgré ses multiples potentialités, l’Afrique demeure un continent très fragile économiquement, politiquement et socialement ; un continent qui vit de la cueillette. L’intégration économique est une bonne chose, mais, il faut une préparation minutieuse pour que chaque Etat tire profit des échanges.

Fait à Kinshasa, le 25 mars 2018

La Rédaction

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