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Agriculture en RDC : Enjeux liés à la production maraîchère (légumes) à Kinshasa

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a. Enjeux socio-économiques
Du fait de la demande en main d’œuvre, les cultures maraîchères permettent de lutter contre le chômage et d’occuper de nombreuses familles pauvres. Elles contribuent de manière essentielle à la sécurité alimentaire, à la diversification de revenus et ce faisant, à la lutte contre la pauvreté.



La consommation moyenne des légumes à Kinshasa est de 25 kg/personne/an correspondant à près de 70 g/jour. Cette consommation est inférieure à la moitié du minimum recommandé par la FAO et l’OMS, qui est de 400 g par personne et par jour. La ville de Kinshasa consomme environ 150 000 tonnes de légumes par an, et la demande augmente de 3-5 % par an.



Pour une population estimée à 10 (dix) millions d’habitants, la ville de Kinshasa a besoin de près de 250 000 tonnes de légumes par an pour une consommation moyenne de 25 kg/personne/an. Les produits bruts et les revenus agricoles familiaux par are générés par quelques cultures maraîchères sont respectivement de 75 USD (Dollars américains) et 30 USD pour l’amarante, de 315 USD et 260 USD pour l’oseille de guinée, de 188 USD et 127 USD pour la patate douce (feuilles), de 390 USD et 240 USD pour l’aubergine, de 900 USD et 763 USD pour le piment, de 600 USD et 513 USD pour la tomate, de 692 USD et 640 USD pour le gombo.



Les sites maraichers de la ville de Kinshasa produisent environ 90 % de légumes frais consommés à Kinshasa et la valeur de cette production était estimée en 2012 à 19 millions d’USD bord-champ et plus de 37 millions d’USD au niveau du commerce de détail.
b. Enjeux technico-environnementaux
A Kinshasa, la performance de la production agricole repose essentiellement sur l’apport en matières organiques. Cet apport est d’autant plus important que les sols très sablonneux de Kinshasa ont naturellement une faible teneur en argile et humus, ce qui se traduit par une faible capacité de rétention des éléments nutritifs et de l’eau.



Comme fumure organique, les maraîchers de Kinshasa utilisent, en fonction des opportunités disponibles, le compost, la parche de café, la drêche de brasserie, le fumier de ferme, les ordures ménagères, les feuilles d’arbres (manguier par exemple), les différentes plantes fertilisantes (Tithonia diversifolia (Hemsl.) A. Gray, Chromolaena odoratum (L.) R.M.King & H.Rob., etc.). Tithonia diversifolia constitue l’engrais vert le plus utilisé par les maraîchers de Kinshasa à cause sa teneur en azote (3,53 %), de sa décomposition rapide et de sa croissance sur des terres marginales. Son utilisation a permis d’améliorer le rendement de certains légumes dans différents centres maraîchers.



L’utilisation des matières organiques : drèche de brasserie, parche de café et fumier de ferme est très insignifiante dans les périmètres maraîchers de Kinshasa suite au coût élevé de transport. L’approvisionnement en ces matières reste donc de loin au-dessus de la bourse de beaucoup de maraîchers. Le fumier de ferme est de plus en plus rare compte tenu du faible développement de l’élevage à Kinshasa. Les immondices et ordures ménagères sont non seulement difficiles à transporter jusqu’aux sites de production maraîchère, mais aussi encombrées de beaucoup d’emballages en plastics et autres substances non-biodégradables. En plus, leur manipulation exige des précautions sécuritaires sans lesquelles on s’expose à des problèmes de santé.



L’utilisation des déchets urbains biodégradables dans la production maraîchère présente un certain nombre de risques du fait de la présence des métaux lourds (cadmium, chrome, nickel, plomb, cuivre, zinc, etc.). La mauvaise gestion des déchets ménagers à Kinshasa a fait de tous les cours d’eau traversant la ville, un véritable lieu d’évacuation de toute sorte d’ordures.



La qualité de l’eau utilisée en maraîchage dans certains sites se trouve ainsi affectée. Il faut 3 à 5 litres d’eau/jour pour arroser 1 m2 de cultures maraichères. Les quantités d’engrais minéraux et de pesticides utilisées pour la production de légumes à Kinshasa sont en moyenne de 30 kg d’urée et de 30 kg de N-P-K (Azote-Phosphore-Potassium)/an/maraîcher. Les besoins en pesticides sont de 0,5 litre de produit/an/maraîcher. L’utilisation de ces produits entraîne la pollution des eaux et du sol et des émissions des gaz à effet de serre calculées selon la méthode de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie « ADEME », évaluées en moyenne à 185 kg équivalent CO2/an/maraîcher. L’usage des pesticides entraîne aussi la destruction des insectes pollinisateurs et des auxiliaires.



Le maraîchage permet aussi d’éviter l’érosion génétique des espèces maraîchères locales.
Contraintes liées à la production maraîchère à Kinshasa
Les conseils techniques et le renforcement des capacités assurés par les Structures d’appui au maraîchage (FAO, FIDA et autres) par l’approche champ école paysan, ont montré leur efficacité, avec une amélioration de la quantité, de la qualité et de la sécurité des produits du maraîchage; mais de nombreuses contraintes pèsent encore sur les cultures maraîchères.



Les principales contraintes et les quelques risques liés à l'activité maraîchère à Kinshasa sont les coûts élevés des intrants, notamment les engrais (1,5 UDS/kg), les semences et les produits phytosanitaires (25 USD/litre). Les cultures maraîchères sont en général sujettes à beaucoup de maladies et ravageurs qui peuvent engendrer des pertes importantes. Les marchés des produits maraîchers sont très fluctuants et saisonniers. Les produits sont périssables et les infrastructures de stockage et de conservation sont inexistantes.



Les fonctions de sensibilisation et de vulgarisation agricoles sont souvent exercées par les Organisations Non Gouvernementales de Développement et autres organisations paysannes. Du fait des moyens limités, ces structures ne peuvent mettre en œuvre un suivi technique durable. L’expansion urbaine, l’absence d’un plan d’urbanisme et l’impunité, ont aggravé l’insécurité foncière dans la ville de Kinshasa. Cette situation appelle à des actions de coordination et de concertation afin que le potentiel agricole soit réellement mis au service du développement.



Plus d'infos : http://www.rafea-congo.com/admin/pdfFile/RAFEA-Article-Minengu-et-al-2018-ok.pdf



La Rédaction, le 26 juin 2019


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