EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

Le cobalt, pétrole du 21ème siècle, va-t-il enrichir les populations africaines en général et celles de la RDC en particulier ?

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Le pétrole a été le moteur de la croissance économique au 20ème siècle et le cobalt pourrait être le vecteur du développement socio-économique de l’humanité avec le développement des batteries (informatique, automobile).

Le cobalt et les sels de cobalt sont répandus dans notre environnement : dans l'air, l'eau, la terre, les roches, les plantes et les animaux. Le cobalt est un métal gris, brillant et ferromagnétique. Il ne réagit ni avec l’eau, ni avec l’air à température ambiante. Les sels de cobalt forment des complexes et sont des oxydants.

Les principaux minerais du cobalt sont la linnéite (sulfures de cobalt) et la cobaltine (arséniosulfure de cobalt). Où trouve-t-on ce métal peu connu qu’on appelle le cobalt ? Ce minerai bleu (celui des anciennes porcelaines chinoises), un sous-produit du cuivre, qui a vu son prix augmenter de 86%, se trouve principalement en Afrique, en République démocratique du Congo (RDC).

Les réserves mondiales du cobalt sont estimées entre 2000 et 4,7 Mt (millions de tonnes), dont 98% sont localisées dans six pays producteurs : la RDC, le Cuba, l'Australie, la Zambie, la Nelle Calédonie, et la Russie.

Face au besoin d'«or bleu» (surnom du cobalt), la Chine, qui joue à fond la carte de la voiture électrique, a pris de l'avance. Elle a mis un pied au Congo, où se trouvent les plus grands gisements de cobalt de la planète qui ont produit 66.000 tonnes des 123.000 consommées dans le monde en 2016.

Cet engouement pour l'électrique a des conséquences économiques qui se font déjà sentir. Le prix du cobalt, le matériau de base essentiel, s'envole. «Dans un monde 100% véhicule électrique, UBS a calculé que le cobalt est la matière première dont les besoins devraient le plus augmenter (+1928% comparé à la production mondiale aujourd'hui), derrière le lithium (+2898%), mais bien avant les terres rares (+655%)».

Selon la chaîne allemande DW : « 90% du cobalt du Congo, extraits dans la région méridionale du Katanga, sont exportés vers la Chine. Plus d'un tiers, soit 24.500 tonnes en 2016, sont produites par la société Mutanda, un complexe de mines à ciel ouvert à proximité de la ville de Kolwezi, détenue par la firme suisse, Glencore. Celle-ci vend ses minerais principalement à DongFang, une filiale du Huayou Cobalt chinois ».

Mais la Chine est allé plus loin en signant l’un des plus gros contrats de l’histoire du pays et le plus gros rachat privé à ce jour : la cession par le groupe américain Freeport-McMoRan de la mine congolaise de Tenke Fungurume pour plus de 2,6 milliards de dollars (2,3 milliards d’euros). Avec cet accord pour la reprise de Tenke, «les entreprises chinoises contrôleront 62% de la production mondiale de cobalt raffiné, selon le cabinet CRU», cité par Le Monde.

Il est vrai que le cobalt fait l’objet de multiples spéculations, entre l’achat de stocks par des hedge funds et le transfert des mines entre les mains des Chinois, rien ne dit que les Congolais vont réellement bénéficier de cette richesse. Pourtant, le pays tirerait 80% de ses ressources de l'exploitation du cuivre et du cobalt. Mais selon l'ONG Global Witness : «plus de 750 millions de dollars de recettes minières payées par les entreprises aux organes de l'Etat en République démocratique du Congo ont été perdues entre 2013 et 2015». En cause, selon l'ONG, des réseaux de corruption peu éloignés du pouvoir.

Outre la question récurrente de l'exploitation des matières premières par les grandes puissances, qui ne touche pas que le cobalt, la vente des mines a suscité des interrogations. L’ONG américaine Centre Carter a dénoncé le «manque de transparence» de cette transaction.

Le journal suisse Le Temps notait ceci : «Avec l’augmentation de la demande, l’extraction du cobalt se fait de plus en plus dans des mines artisanales congolaises, dans des conditions souvent déplorables. Généralement, des travailleurs – y compris des enfants – creusent avec un équipement de base dans des tunnels dangereux. Alors que le risque mortel d’effondrement est permanent, ils gagnent à peine assez pour se nourrir».

Actuellement, on assiste à une envolée des prix à la suite de la forte demande chinoise, à la reprise dans le secteur des superalliages (environ 25% du cobalt mondial est utilisé dans la fabrication de superalliages destinés en particulier, à la fabrication de réacteurs d'avions et autres types de turbines) et des batteries (environ 10% du cobalt mondial sont utilisés dans la fabrication de batteries lithium-cobalt).

Le gouvernement congolais doit réorienter le peu de ressources de ce boom de cobalt pour investir dans d’autres secteurs plus durables comme l’agro-industrie et l’agriculture. La RDC a déjà connu ces genres des spéculations vers les années 1970, mais n’avait rien compris de ce qui viendrait après : la chute inimaginable des prix des matières premières sur le marché international. Il faut éviter de dilapider le peu de ressources par orgueil et chantage. L’Angola n’a pas aussi diversifié son économie quand le pétrole rapportait au trésor public, aujourd’hui le pays manque de ressources nécessaires pour réaliser les projets de développement.

Il appartient au pouvoir public congolais de faire très attention et d’éviter des chantages inutiles à la suite de la flambée des prix de cobalt. Le plus important, c’est de réorienter ces ressources vers des projets capables de consolider l’architecture économique du pays.

Fait à Kinshasa, le 06 avril 2018

La Rédaction

GEOPOLIS AFRIQUE : http://geopolis.francetvinfo.fr/le-cobalt-petrole-du-xxie-siecle-va-t-il-enrichir-l-afrique-157475

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