EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

La RDC : ressources naturelles impressionnantes, indigence sociale inquiétante. Pourquoi et que faire ?

Article

Introduction

La RDC est un grand réservoir de ressources naturelles et culturelles qui en font un scandale naturel et humain. C’est la belle illustration d’un stock naturel important des ressources minérales, pétrolières, hydriques, biologiques (ligneuses, halieutiques, etc.). Malheureusement, ce pays qui regorge d’immenses ressources naturelles, affiche paradoxalement une indigence sociale extrême. Plus de 80% de la population vit avec moins d’1 USD par jour. Même ceux qui travaillent ont des salaires toxiques qui les rendent anxieux et malheureux.

La richesse minière seulement de la RDC est évaluée entre 4 000 et 24 000 milliards de dollars américains pendant que le budget de la République ne dépasse même pas 10 milliards de dollars. La contribution du secteur minier au budget national est très faible en République Démocratique du Congo (RDC), elle tourne au tour de 10%. Pour un budget de 7 milliards de dollars par exemple, le secteur minier ne contribue qu’à la hauteur de 700 millions de dollars. Quand on analyse le prix de ces produits sur le marché mondial, on se pose la question sur ce que ces ressources représentent pour le peuple congolais. Les opérateurs miniers deviennent de plus en plus riches alors que le peuple lui continue de broyer du noir avec l’absence d’infrastructures de base (pas d’écoles, d’hôpitaux, de routes, de logements, d’eau potable, d’électricité, etc.).

Dans le domaine des ressources naturelles renouvelables, l’exploitation de forêts par les entreprises ne rapporte pas assez de ressources financières à l’Etat congolais. En 2014 par exemple, sur près de 10 millions d’hectares de forêts destinées à l’exploitation industrielle, le trésor public n’a empoché que 8 millions de dollars. Un simple calcul fait montre que l’Etat gagne 0,8 dollar américain par hectare de forêt exploitée. Il s’agit là, ni plus ni moins, d’un pillage organisé et systématique des forêts de la République Démocratique du Congo par des charognards du monde entier.

La biodiversité exceptionnelle dont regorge la RDC ne constitue pas une ressource financière pour le pays. Le parc national de Virunga à lui seul bien aménagé, rapporterait à la RDC près de 1,3 milliard de dollars américains. Au lieu d’être un lieu de tourisme, ce parc s’est transformé depuis un certain temps en un sanctuaire d’insécurité. Il est important de rappeler que le petit pays comme le Kenya tire l’essentiel de son revenu évalué à des milliards de dollars du tourisme.

Sur le plan agricole, la RDC dispose d’un potentiel agricole exceptionnel et d’une superficie de terres agricoles (80 millions d’hectares) inégalée en Afrique, qui lui permettrait, sur base d’une agriculture intensive, de nourrir près de 2 milliards de personnes. Seulement 10% des terres agricoles arables sont mises en valeur et les rendements obtenus à l’hectare s’apparentent à ceux des pays du Sahel, même si les conditions écologiques sont favorables à l’agriculture dans l’ensemble du pays.

Le secteur agro-alimentaire représente une opportunité d'investissement et probablement stable sur le court, le moyen et le long terme, vu l'ampleur du marché et la croissance rapide de la population. Malgré tout cela, près de 80% de la population se trouvent dans une insécurité alimentaire qui ne dit pas son nom ; mystère ! Les importations alimentaires coûtent près de deux (2) milliards de dollars à la République Démocratique du Congo selon la Banque centrale.

Sur le plan énergétique, la République Démocratique du Congo est dotée d’importantes ressources hydroélectriques. Le fleuve Congo a un potentiel énergétique exploitable pour l’hydroélectricité évalué à 774.000 GWH, soit 66% du potentiel de l’Afrique centrale, 35% du potentiel global du continent africain et 8% du potentiel de production annuelle mondiale. En plus de l’hydroélectricité, le solaire, l’éolienne, les bioénergies sont des ressources pouvant aussi assurer la sécurité énergétique en RDC. Malgré ces potentialités, seulement 1% des congolais ont accès à l’électricité. Quel paradoxe ?

La RDC reste parmi les pays les plus pauvres du monde et le moins compétitif politiquement et économiquement, caractérisée par la mauvaise gouvernance, le pillage des ressources naturelles, etc. La gouvernance y est médiocre avec des politiques toxiques qui affament le peuple et font bloquer l’expression de l’intelligence fonctionnelle. C’est le terrain fertile du mal-développement ou du développement des inégalités avec des fossés béants entre les classes sociales. Cette tare caractérise d’ailleurs toute la sous-région d’Afrique centrale

En conséquence, l’économie y est délabrée, l’environnement dégradé et la dignité humaine foulée aux pieds car l’homme y est de plus en plus animalisé. Il y a ainsi, l’émergence de deux classes sociales diamétralement opposées : les richissimes (moins de 5% de la population active) et les indigents (plus de 95% de la population) ; pas de classe moyenne ; celle-ci étant remplacée par des flatteurs à la recherche du pain.

Pourquoi ce paradoxe ?

L’environnement congolais regorge d’énormes ressources naturelles et culturelles. Malheureusement, le leadership intellectuel y est médiocre et les universitaires corrompus participent activement à la destruction du pays. Au lieu de mettre sur pied une gouvernance de développement, le leadership intellectuel congolais a opté pour une gouvernance de ventre et de prédation.

Il n’est pas rare d’attendre que des tonnes de minerais, de bois, de produits agricoles et bien d’autres ressources de la République Démocratique du Congo sont sorties du pays sans avoir payé des taxes avec la complicité des élites politique, intellectuelle ou militaire de la RDC. Comment pouvez-vous expliquer que les gens censés travailler pour le développement du pays se mettent en chapelet pour piller dans l’indifférence totale de la justice, les ressources de leur propre pays hypothéquant ainsi la vie de plusieurs générations ? Il suffit de lire les divers rapports des organisations nationales et internationales de développement pour que vous vous rendiez compte de l’état chaotique dans lequel le pays est plongé et des milliards de dollars pillés dans un pays où l’eau, l’électricité, les systèmes éducatif et sanitaire, la nourriture, le transport, le logement, etc. représentent une menace pour le progrès.

La RDC s’achemine vers l’usage quotidien du faux et du déficit de l’intelligence fonctionnelle. Le pays est devenu le fief de la médiocrité et de la résignation de l’intelligence. Le leadership intellectuel refuse de réfléchir et le savoir scientifique est enfermé dans le coffre-fort de la cupidité et du mercenariat intellectuel, pour ne pas parler de la prostitution de l’élite à tous les niveaux. C’est le suicide de tout un peuple.

En clair, la cause principale et réelle du paradoxe congolais, ressources naturelles impressionnantes, indigence sociale inquiétante, reste la médiocrité de l’élite. C’est l’élite qui met en place des lois pour une gestion rationnelle des ressources naturelles, elle élabore des programmes de développement, elle lutte contre la fraude et la corruption, etc. Bref, les bases du socle de développement sont installées et construites par l’élite. En l’absence d’une véritable élite, c’est le paradoxe

Que faire ?

La traite et la colonisation ont joué un rôle négatif sur l’exploitation des ressources naturelles de la RDC. Par exemple, des hommes ont été mutilés pour le latex au Congo car l’industrie pneumatique en avait besoin, etc. Cette stratégie de chosification ou minimisation de l’autre a permis aux puissances coloniales de s’accaparer des ressources des Etats squelettes africains en général et de la République Démocratique du Congo en particulier en entretenant un complexe d’infériorité dans la tête des colonisés.

Il est vrai qu’au-delà de la traite et de la colonisation, les ressources naturelles de la République Démocratique du Congo n’ont jamais servi au mieux-être du peuple congolais. Depuis plus de 50 ans, de nombreux pays étrangers, villes et quartiers ont vu les conditions de vie de leurs populations s’améliorer grâce aux ressources naturelles pillées en République Démocratique du Congo.

La solution au paradoxe congolais ne sortira du ciel, une remise en cause des élites de notre pays s’avère indispensable. Une analyse non biaisée montre que le comportement des élites a plongé la RDC dans le mal-développement. Les guerres pour les ressources naturelles sont créées çà et là en RDC avec la complicité des élites pour empêcher la réflexion et le travail productif. L’éducation, moteur de tout développement, est renvoyée à la poubelle. Une prise de conscience des élites congolaises sur leur responsabilité dans la débâcle d’un pays immensément riche mais avec une population ultra-pauvre s’avère indispensable. Les enfants sans école, les femmes chosifiées par des guerres et la pauvreté, le chômage des jeunes, l’impuissance des parents face à l’éducation des enfants, la débâcle scolaire et universitaire, l’insalubrité des villes, le pillage des ressources de la RDC par des charognards, voilà autant d’éléments interpellateurs de notre conscience.

Conclusion

La République Démocratique du Congo est dotée de ressources minérales rares (coltan, diamants, or, cuivre, cobalt, zinc, manganèse…), de ressources forestières et de faune (gorilles, okapis…) très riches et de vastes sols fertiles pour l’agriculture (caféier, palmier à huile, théier…).

Le paradoxe congolais est une curiosité mondiale qui étonne tous les observateurs avertis. C’est la conséquence d’un leadership intellectuel médiocre. En effet, sans organisation de l’intelligence nationale, la RDC restera un pays pauvre très endetté battant tous les records négatifs de l’IDH. Il est vrai que beaucoup de facteurs externes agissent sur le paradoxe congolais, mais il est aussi vrai que le comportement de l’élite congolaise n’a pas été de nature à favoriser le progrès et le développement du pays. Une légèreté inexplicable caractérise les élites de la RDC quant aux questions liées au bien être de la population. L’élite congolaise a favorisé les injustices, la corruption, la télé-gouvernance, le pouvoir pour le pouvoir et la pauvreté absolue. Un véritable troc des ressources naturelles se porte bien au 21ème siècle dans cet Etat squelette d’Afrique centrale.

En conclusion, au-delà des causes externes, il y a avant tout l’irresponsabilité des intellectuels congolais qui au lieu d’être des moteurs du développement en sont devenus des freins. Au lieu d’être la lumière de leurs communautés, ils constituent l’obscurité qui se drape durablement dans le mal-développement et la pauvreté.

Les professeurs d’université, les clergés, les hommes politiques et les mandataires de l’Etat, les journalistes, les médecins, les ingénieurs, et tous ceux qui se disent intellos, sont invités au changement de comportement et d’attitudes pour que les ressources naturelles de la RDC puissent dans la moindre de mesure, servir au bien être de la population.

Fait à Kinshasa, le 10 avril 2018

La Rédaction

Article adapté sur base de la réflexion du Professeur Dieudonné Musibono Eyul’Anki, Ph.D. Environnementaliste - Ecotoxicologue, Spécialiste des Questions de Gestion des Ressources naturelles et Développement durable. Faculté des Sciences (UNIKIN) et Sciences Agronomiques (UNIKIK). Email : musibon.ergs@gmail.com, Phone : +243 815011210 ; 0 990021721 ; 0895000351.

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