EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

Après le lac Tchad, le barrage de la renaissance sur le Nil bleu en Ethiopie : facteur de tensions entre l’Egypte et l’Ethiopie

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Va-t-on assisté au tarissement du fleuve Nil dans l’avenir comme le lac Tchad ?



La question du tarissement du lac Tchad devrait interpeller la conscience des décideurs politiques africains sur leurs fameux
programmes de développement économique et social. Parmi les causes du tarissement du lac Tchad, il y a la construction des barrages
sur les principaux affluents du lac, à savoir : la rivière Chari (venant de la RCA) et la rivière Komadougou yobé (venant du Nigeria)
. Pour Komadougou yobé seulement, l’apport en eau est passé de 7 km3 à 0,45 km3 par an. La solution pour sauver le lac Tchad,
c’est le transfert de l’eau de l’Ubangi vers le lac Tchad, on veut corriger un problème pour enfin créer une tragédie.



C’est qui se passe au lac Tchad a plus de chance de se reproduire au niveau du Nil, la solution serait pour sauver le fleuve Nil
d’ici 20 à 40 ans, d’aller chercher l’eau comme d’habitude en République Démocratique du Congo ! L’UA caractérisée par son mutisme
légendaire laisse pourrir la situation et attend l’arrivée des catastrophes pour appeler l’ONU ou l’UE à intervenir.



Au lieu d’attendre le pire, il est temps d’appeler tous les acteurs concernés à la réflexion. Les Européens ont pillé les richesses
en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique et n’ont pas pris en compte l’existence des autres (Afrique surtout), ils paient
aujourd’hui le prix le plus élevé avec les migrations difficiles à contrôler. On ne peut pas se développer dans la durée sans
penser aux conséquences de votre progrès sur la vie des autres. L’Ethiopie doit penser aux conséquences de son barrage sur la
vie des Soudanais et Egyptiens
.



Les travaux du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu sont au trois quart terminés : 170 mètres de haut, près de 2 km de large
et un réservoir immense, capable de retenir plus que la capacité annuelle du fleuve.



Il y a lieu de rappeler que le fleuve Nil (sur la carte ci-dessus) que l’on voit en Egypte est alimenté en eau par le Nil bleu qui
prend sa source au niveau du lac Tana en Ethiopie et par le Nil blanc qui prend sa source au niveau du lac Victoria en Ouganda.
Les deux Nils se croisent dans la ville de Khartoum pour former le Nil qui continue sa course jusqu’en Egypte. Près de 80% des
eaux du Nil viennent du Nil Bleu et 20% proviennent du Nil blanc. Une partie importante d’eau est perdue à la suite des
évaporations qui sont très importantes entre le Soudan et l’Egypte.



Il n’est un secret pour personne que le Nil constitue le principal cours d’eau viable pour près de 100 millions d’Egyptiens.
Hérodote considérait que l’Egypte était un « don du Nil ». La gestion des ressources transnationales comme les rivières, les
fleuves et autres, n’est pas une mince affaire. Toute infrastructure ayant un impact sur le débit doit faire l’objet des études
sérieuses réalisées pendant plusieurs dizaines d’années afin d’évaluer les impacts socio-économiques et environnementaux négatifs.



Certes, l’Ethiopie a droit au développement au même titre que l’Egypte, mais ce développement, pour qu’il soit durable, doit
prendre en compte les enjeux socio-économiques et environnementaux.



Pour le moment et à court terme, il est difficile de mesurer les conséquences écologiques exactes du barrage de la Renaissance, car
le seul rapport qui a été publié l’a été sans les annexes (ONG International Rivers). Mais la construction du barrage de la
Renaissance sur le Nil bleu en Ethiopie aura certainement des conséquences socio-économiques et environnementales : le débit du Nil
sera réduit pas moins de 30%, la navigation deviendra hypothétique sur le Nil, le fonctionnement du Barrage d’Assouan en Egypte
sera affecté, l’agriculture subira un plein fouet, etc. Il faut aussi ajouter, le changement climatique comme donne importante à
intégrer dans les simulations. La durabilité du barrage de la Renaissance sera fonction de la prise en compte de tous ces éléments.



Il n’y aura pas de développement durable en Ethiopie pendant que l’Egypte s’enfoncera dans une crise d’eau aux multiples
conséquences. L’eau est une ressource très précieuse, qui ne peut pas être gérée sur base seulement des indicateurs financiers. Les
activités humaines vont faire disparaitre dans le temps le fleuve Nil, mais pour l’instant, personne ne peut y croire. Lorsque le
Général Jean Tilho annonçait la possibilité de disparition du lac Tchad, eh, personne ne pouvait y croire, mais aujourd’hui, c’est
une réalité. L’Ethiopie doit se préparer à accueillir le flux migratoire venant de l’Egypte dans l’hypothèse où le barrage de la
Renaissance impacterait sérieusement le débit du Nil. Aujourd’hui, les Européens chassent les migrants africains, ils oublient que
la faim, le chômage, les guerres, etc., sont les fruits de leur construction en Afrique.



Comme dans le projet de transfert de l’eau de l’Ubangi vers le lac Tchad, aucune étude sérieuse n’a été réalisée sur les
conséquences environnementales et socio-économiques de ce transfert d’eau interbassins ; le gouvernement éthiopien, n'a pas aussi
pris en compte les conséquences environnementales et socio-économiques de son barrage. La Chine qui se préoccupe plus de sa position
économique au niveau mondial et non des questions environnementales, a été le premier à apporter son appui financier à ce projet
financé entièrement par le gouvernement éthiopien. La Banque mondiale n’a pas voulu financer ce projet par maque d’études sérieuses
surtout en rapport avec l’environnement.



Le barrage de la Renaissance, dont les travaux ont été lancés en 2011, doit permettre à l’Ethiopie de produire au moins 6000 MW, ce
qui fera plus que doubler la production électrique éthiopienne
, un pays de 100 millions d'habitants qui en manque cruellement. Les
inquiétudes égyptiennes viennent du fait qu'elle se trouve en aval du barrage et qu’elle tire du Nil 90% de son eau potable,
agricole ou industrielle.



Le barrage de la Renaissance répond à des enjeux à la fois économiques, historiques et politiques. Avec ce barrage sur le Nil,
l'Ethiopie deviendra une puissance régionale, étant donné que ce projet est la pièce-maîtresse du Plan quinquennal pour la
croissance et la transformation du pays, exécuté par le gouvernement. Mais quels sont les éléments de durabilité de ce projet ?



Le règlement de ce dossier ne peut se faire ni par des pressions diplomatiques, politiques ou militaires. Il faut laisser la place à
la raison c’est-à-dire aux études approfondies pour évaluer les conséquences environnementales et socio-économiques de cette infrastructure.



Il est vrai que l'Ethiopie reste un pays pauvre comme la plupart des pays africains et son économie est encore 5 fois moins importante que
celle de l'Egypte. Mais, c’est ne pas avec des projets dont l’analyse d’impacts manque que ce pays va se développer dans la durée.
Le barrage pourrait avoir des conséquences écologiques importantes et l'Ethiopie ne semble pas les prendre aux sérieux.



Le débat est ouvert.




Fait à Kinshasa, le 11 avril 2018



La Rédaction

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Commentaires

YVES NKANGU
A MON HUMBLE A VUE, LA CONSTRUCTION DU BARRAGE DE RENAISSANCE ENTRE DANS LA POLITIQUE DU DEVELOPPEMENT DE L'ETHIOPIE, MAIS CELA N'EXCLUT PAS DES ETUDES APPROFONDIES DANS LE SENS D'ETUDIER LES CONSEQUENCES ENVIRONNEMENTALES, SOCIALES ET ECONOMIQUES QUE CELA VA PROVOQUER EN AVAL. IL YA UN DICTON QUI DIT: SANS LE NIL L'EGYPTE SERAIT UN DESERT , DONC CE PAYS DEPEND ENTIEREMENT DU NIL. LA MAUVAISE GESTION DU NIL PAR L'ETHIOPIE(EN AMONT) AURAIT D'IMPACTS NEGATIFS SUR LES PAYS QUI SE TROUVENT EN AVAL (EGYPTE ET LE SOUDAN). A CE MOMENT, LA RD CONGO SERA CIBLEE COMME D'HABITUDE. || 11/04/18 - 06:04:20
CABD