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L’ONU appelle les dirigeants à écouter la colère qui s’exprime dans de nombreux pays du monde

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L’ONU a exprimé vendredi son inquiétude concernant les situations de troubles dans de nombreux pays, notant que, même si chaque situation est unique, les manifestations ont pour point commun la colère des populations au sujet des inégalités et leur méfiance à l’égard des dirigeants politiques.

« L’inquiétude dans la vie des gens mène à tout sauf au calme dans les rues et les places des villes. Chaque situation est unique. Certaines manifestations sont déclenchées par des problèmes économiques, notamment la hausse des prix, des inégalités persistantes ou des systèmes financiers qui profitent aux élites. D'autres découlent de revendications politiques. Et dans certains cas, les gens réagissent à la corruption et à différentes formes de discrimination », a déclaré le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, lors d'un point de presse à New York.

« Pourtant, il existe des points communs entre les continents - et cela devrait nous obliger tous à réfléchir et à réagir », a-t-il ajouté.

Notre monde a besoin d'action et d'ambition pour construire une mondialisation juste, renforcer la cohésion sociale et faire face à la crise climatique - António Guterres

Selon lui, il est clair qu’il existe « un déficit croissant de confiance entre les citoyens et les institutions politiques et que le contrat social est de plus en plus menacé ». « Le monde est également aux prises avec les effets de la mondialisation et des nouvelles technologies, qui ont accru les inégalités au sein des sociétés », a noté le chef de l'ONU.

« Même lorsque les gens ne protestent pas, ils ont mal à s’en sortir et veulent être entendus. Les gens veulent des conditions égales pour tous, y compris des systèmes sociaux, économiques et financiers qui fonctionnent pour tous. Ils veulent que leurs droits humains soient respectés et qu’ils aient leur mot à dire dans les décisions qui affectent leur vie », a-t-il souligné.

Le Secrétaire général a exhorté les dirigeants du monde entier « à écouter les problèmes des gens ». « Notre monde a besoin d'action et d'ambition pour construire une mondialisation juste, renforcer la cohésion sociale et faire face à la crise climatique », a-t-il conclu.

Manifestations en Bolivie, au Chili, à Hong Kong, en Haïti, au Liban
A Genève, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a également exprimé son inquiétude et a pris pour exemple les manifestations en Bolivie, au Chili, à Hong Kong, en Équateur, en Égypte, en Guinée, en Haïti, en Iraq et au Liban.

« Et bien sûr, nous avons également assisté à d’importantes manifestations plus tôt dans l’année en Algérie, au Honduras, au Nicaragua, au Malawi, en Russie, au Soudan et au Zimbabwe, ainsi que dans certains pays de l’Union Européenne, notamment en France, en Espagne et au Royaume-Uni », a déclaré lors d’un point de presse ce vendredi à Genève, une porte-parole du HCDH, Ravina Shamdasani, tout en insistant sur le fait que « cette liste est loin d’être exhaustive ».

Si les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet évitent d’émettre des conclusions hâtives, ils insistent néanmoins sur l’un des points communs de ces nombreuses manifestations dans le monde. « Des populations en ont assez et sont en colère, surtout à cause des conditions socio-économiques, de la corruption, des inégalités et de l’écart grandissant entre les riches et les pauvres », a fait remarquer la porte-parole du HCDH.

Certains ont été attisés par de mauvaises réactions du gouvernement ou par un usage excessif de la force contre les manifestants initiaux, faisant par la suite descendre dans la rue des dizaines de milliers de personnes supplémentaires en solidarité avec ceux qui ont été tués, blessés ou arrêtés par les forces de sécurité.

Sur le continent africain, le HCDH s’est notamment préoccupé de la situation en Guinée où des manifestations ont repris depuis le 14 octobre dernier. A Conakry, des informations ont fait état d’au moins neuf morts et des dizaines de blessés lors des manifestations de la semaine dernière. Le Bureau de l’ONU déplore d’ailleurs le non-respect par les forces de sécurité des normes internationales relatives à l’usage de la force de la police lors des manifestations.

Le Bureau s’est également inquiété « d’un grand nombre de détentions » et du sort des dirigeants du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui ont été arrêtés le 12 octobre dans le cadre de cette manifestation.

« Nous rappelons aux autorités que nul ne devrait être condamné pour avoir exercé ses droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’expression », a déclaré Mme Shamdasani, tout en se disant « encouragée » par l’annonce par le gouvernement guinéen de « l’ouverture d’une enquête sur les meurtres et les allégations d’usage excessif de la force ».

Les services de Mme Bachelet demandent à Conakry à veiller à ce que les enquêtes soient rapides, approfondies, impartiales et menées en vue de rendre justice aux victimes d’abus. S’il plaide pour un dialogue inclusif, le Haut-Commissariat s’est réjoui que « la manifestation de masse d’hier à Conakry » se soit déroulée « pacifiquement et sans recours à la force par les autorités ».
En Amérique du Sud, des dizaines de milliers de personnes continuent de manifester contre les inégalités sociales au Chili. Le Haut-Commissariat indique avoir reçu des allégations de violations des normes et règles internationales relatives au recours à la force par les forces de sécurité de l’État. « Nous avons également reçu des rapports faisant état de crimes commis par des tiers », a ajouté la porte-parole du HCDH.

Face à la multiplication des allégations sur le sujet, la Haut-Commissaire Bachelet a donc décidé de déployer une équipe de trois spécialistes des droits de l’homme dans le pays du 28 octobre au 22 novembre. L’équipe de la mission sera basée à Santiago, mais visitera des villes à travers le pays.

« Les parlementaires et le gouvernement (chiliens) ont tous exprimé le désir d’une mission des droits de l’homme de l’ONU », ont ajouté les services de Michelle Bachelet. En collaboration avec le bureau régional en Amérique du Sud, l’équipe examinera également les causes profondes des manifestations, y compris les questions relatives à l’exercice des droits économiques et sociaux au Chili.

En Bolivie aussi, des informations ont fait état de violences et de recours excessif à la force à la suite des élections de dimanche dernier. L’incertitude entourant les résultats a déclenché des manifestations dans plusieurs villes du pays, qui ont donné lieu à des affrontements entre groupes opposés ainsi qu’entre manifestants et forces de sécurité.

« Selon la Force spéciale de lutte contre la criminalité, au moins 80 personnes ont été arrêtées et 19 policiers ont été blessés lors d’affrontements. Les données préliminaires du Ministère de l’intérieur indiquent qu’au moins huit civils ont été blessés dans le cadre d’affrontements », a précisé Mme Shamdasani.


L’ONU suit de près la situation au Liban et en Iraq
Au Moyen-Orient, des milliers de manifestants pacifiques de tous horizons et de toutes confessions continuent au Liban d’exprimer leur colère contre ce qu’ils perçoivent comme « des décennies de corruption et de mauvaise gestion du gouvernement ».

Dans l’ensemble, le comportement des forces de sécurité a été proportionné, sauf dans la nuit du 19 octobre, lorsque le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies au Liban a recensé plus de 100 cas de détention et de mauvais traitements. La plupart ou la totalité des détenus auraient été libérés depuis.

Selon le Bureau de l’ONU, quatre personnes auraient été tuées et des centaines de blessés auraient été soignés par la Croix-Rouge libanaise entre le 17 et le 24 octobre. « La situation a été compliquée par des affrontements sporadiques à motivation politique entre manifestants et contre-manifestants », a fait valoir Mme Shamdasani.

En Iraq, depuis le début des manifestations le 1er octobre, les violences ont fait au moins 157 morts et 5.494 blessés. Un rapport de la Mission de l’ONU en Iraq publié mardi 22 octobre a fait état de violations crédibles du droit à la vie, notamment d’assassinats délibérés de manifestants non armés et d’usage excessif à la force par des unités déployées pour gérer ces manifestations.

Alors que de grandes manifestations étaient attendues vendredi, les services de Mme Bachelet ont exhorté toutes les parties à faire preuve de calme. Les forces de sécurité ont ainsi été invitées à réagir de manière soigneusement calibrée et proportionnée, afin d’éviter que les terribles pertes en vies humaines notées lors des manifestations du début du mois ne se répètent pas.

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