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Au-delà de la pauvreté, pourquoi les adolescents se marient-ils?

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Il arrive que les observateurs utilisent le terme « mariage forcé » de manière interchangeable avec « mariage d’enfants », mais si les mariages arrangés traditionnels – courants en Inde et dans d’autres parties de l’Asie du Sud – sont souvent imposés, ceux qui contractent une union alors qu’ils sont encore des enfants ne considèrent pas tous ces mariages comme étant forcés. Au Pérou, par exemple, de nombreuses filles vivant en union informelle avaient déjà abandonné l’école avant d’emménager avec leur partenaire, cherchant une protection et un soutien affectif et financier. Bon nombre d’entre elles ont quitté des foyers violents où elles n’avaient guère leur mot à dire dans les décisions concernant leur vie. Pour elles, ces mariages ou unions de fait offrent une forme d’évasion.

Des recherches appuyées par le CRDI en Côte d’Ivoire ont également révélé une augmentation du nombre de filles qui choisissent de se marier. Ces filles sont souvent motivées par le fait de se lier au garçon qu’elles préfèrent plutôt que de le voir avec une autre fille.

Dans des contextes où les occasions sont rares, les services médiocres et la vie incertaine, les adolescents et leurs familles considèrent le mariage comme le meilleur moyen de protéger les filles contre la grossesse hors mariage, les maladies sexuellement transmissibles et la violence sexuelle. Dans certaines régions de l’Afrique et de l’Asie du Sud, l’idée d’une limite d’âge pour le mariage semble arbitraire : les filles sont considérées comme « prêtes » lorsqu’elles paraissent physiquement mûres. Dans les bidonvilles urbains du Bangladesh, où le risque d’agression sexuelle est élevé dans les zones à forte criminalité, les recherches ont montré que, malgré les lois limitant le mariage à 18 ans et plus, de nombreuses familles considèrent leurs filles comme des adultes après la puberté et prêtes pour le mariage à 16 ou 17 ans.

Dans trois districts étudiés en Zambie, la grossesse précède presque toujours le mariage précoce. Comme on s’attend à ce que les filles contribuent à leur subsistance une fois qu’elles atteignent la puberté, beaucoup d’entre elles se sentent poussées à avoir des relations sexuelles transactionnelles. Certaines filles veulent de l’argent pour subvenir à leurs besoins personnels ou à ceux de leur foyer, tandis que d’autres ont des relations sexuelles avec de jeunes hommes qui leur promettent de les aider à payer leurs frais de scolarité. Alors que l’amour romantique est la raison la moins souvent invoquée pour le mariage des enfants, le désir d’affection pousse certains adolescents à avoir des rapports sexuels à un jeune âge, en particulier ceux qui ont des relations familiales difficiles et des moyens limités.

Outiller les adolescents pour les aider à faire de meilleurs choix

Les recherches appuyées par le CRDI permettent non seulement de mieux comprendre les raisons pour lesquelles les adolescents se marient, mais elles mettent aussi à l’épreuve les efforts déployés pour autonomiser les adolescents et sensibiliser la population aux conséquences du mariage des enfants. Les équipes de recherche dirigées par FeDDAF au Mali, au Niger et au Togo ont formé des groupes de jeunes hommes et de jeunes femmes pour lutter contre le mariage des enfants. Elles ont également contacté les autorités locales et les chefs religieux et traditionnels pour s’en faire des alliés. Des réunions comme celle de Kayes établissent des liens entre le mariage des enfants et les répercussions négatives de cette pratique sur la santé et l’éducation.

Avant, je pensais, comme beaucoup d’autres filles, que le fait de se marier tôt et d’avoir des enfants permettait à une femme de rester jeune pour toujours. Mais depuis que nous avons appris les conséquences négatives du mariage précoce, je me suis engagée à poursuivre mes études.

Des chercheurs du Pakistan qui souhaitaient donner aux filles les moyens de se défendre ont également enrôlé des frères et des mères, car ces membres de la famille peuvent grandement restreindre les mouvements et les choix des jeunes filles. Des frères ont été formés comme animateurs de groupes de jeunes aux côtés de leurs soeurs pour promouvoir des campagnes dans leurs communautés.

Bien que des leçons continuent d’être tirées de ces projets de recherche, il est clair que les garçons et les filles ont besoin de plus d’information sur la sexualité, la reproduction et leurs droits. La plupart des jeunes parents interrogés en Éthiopie, en Inde et en Zambie n’ont appris à prévenir les grossesses non désirées qu’après la naissance de leur premier enfant. Les cliniques de santé sont souvent perçues comme étant peu accueillantes pour les adolescents et ont la réputation de stigmatiser les personnes qui cherchent de l’information sur la santé sexuelle. Ainsi, les jeunes ne disposent que de connaissances incomplètes et inexactes glanées dans les interactions à l’école, à la maison et avec leurs amis, connaissances qui mettent l’accent sur l’abstinence et l’utilisation du préservatif (qui est souvent ignorée).

Mon mari et ma belle-famille veulent que j’aie un bébé dès que possible. Ils ne pensent pas au fait que je n’ai que 16 ans.
Perspectives d’avenir : la nécessité de solutions adaptées au contexte local
Le mariage des enfants persiste obstinément, bien qu’il soit largement condamné en tant que violation des droits de la personne. Le cinquième objectif de développement durable des Nations Unies préconise l’élimination de cette pratique, et les gouvernements nationaux adoptent différentes stratégies pour s’attaquer à ce problème. L’Éthiopie, par exemple, vise à mettre fin à cette pratique d’ici 2025, et l’élimination du mariage des enfants est devenue un élément central de la stratégie et du plan d’action nationaux du pays sur les pratiques traditionnelles néfastes. En Inde, les efforts sont appuyés par la législation et par la stratégie nationale pour la santé des adolescents.

Les résultats des recherches appuyées par le CRDI viennent étayer ces efforts en y intégrant le point de vue des jeunes. « Sans savoir comment ils [les jeunes] perçoivent leurs défis et ce dont eux-mêmes et leurs enfants ont besoin pour vivre une vie plus saine et plus productive, les programmes et les politiques conçus pour les aider risquent de manquer la cible », affirme Gillian Mann, chef de la recherche et de l’évaluation chez Child Frontiers, un groupe de consultation travaillant en partenariat avec Young Lives.

Trouver des solutions dans les régions où la pratique persiste obstinément exige une bonne compréhension de ce que vivent les adolescents et de la façon dont leurs communautés peuvent réagir. Les recherches appuyées par le CRDI confirment le rôle de la pauvreté et de l’inégalité entre les sexes dans la persistance du mariage des enfants et montrent comment le contexte local influence les facteurs et la réalité quotidienne du mariage des enfants.

CRDI

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