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Comment l’argent de la Banque mondiale entretient la corruption des élites

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Certains journaux financiers l’ont baptisé le « Papergate ». Ils lient le brusque départ de l’économiste en chef de la Banque mondiale (BM) Pinelopi Goldberg, après seulement 15 mois de travail, à son désaccord avec la décision de son supérieur de ne pas publier une étude commandée par l’institution. Cette étude a été réalisée par un agent de la BM et deux chercheurs scandinaves issus du monde académique – et qui ne dépendaient donc pas de l’institution. L’un d’entre eux ayant récemment décidé de publier l’étude sur son blog personnel, l’étude a finalement été rendue publique la nuit dernière par la Banque mondiale.

On se doute que les conclusions des trois chercheurs n’étaient pas agréables pour l’institution internationale de développement. Après avoir imprimé le texte jeudi matin, La Libre Belgique n’a plus pu le retrouver jeudi après-midi. Ces conclusions indiquent qu’une part importante de l’aide fournie par la BM aux pays les plus dépendants de l’aide – donc les plus pauvres – finit dans des comptes en banque cachés dans des paradis fiscaux.
Quelle part? En moyenne 7,5% du versement, si l’on étudie les 22 pays les plus dépendants de l’aide et que l’on retient un appui de la BM atteignant 1% du PIB du pays concerné. Cette part monte cependant à 15%, soit un sixième, si l’on étudie les 7 pays les plus aidés, pour lesquels les montants atteignent 3% du PIB.

Les élites s’enrichissent

Les chercheurs ont comparé les versements trimestriels de la BM et les dépôts à l’étranger relevés par la Banque des règlements internationaux (BRI). Ils ont trouvé que « les déboursements d’aide coïncident, durant le même trimestre, à des hausses significatives de la valeur des dépôts bancaires dans les paradis fiscaux. Spécifiquement, pour un trimestre durant lequel un pays a reçu une aide équivalente à 1% du PIB, ses dépôts dans des paradis fiscaux augmentent de 3,4% par rapport à un pays qui ne reçoit pas d’aide et il n’y a pas de hausse des dépôts bancaires dans des pays qui ne sont pas des paradis fiscaux ».

Le résultat de nos recherches, insistent les auteurs, « documentent clairement et fortement que les déboursements d’aide sont associés avec une accumulation de richesse dans des comptes offshore ». Les auteurs n’ont pas les moyens de savoir qui profite de ces dépôts. Mais d’autres études, soulignent-ils, montrent que ce sont les élites économiques d’un pays qui envoient de l’argent dans des paradis fiscaux. Et de rappeler l’une d’elles, qui indique que 80% des fonds cachés par les Scandinaves dans des paradis fiscaux appartiennent aux 0,1% les plus riches, et 50% aux 0,01% les plus riches.

Ce phénomène diminue clairement l’efficacité des mesures décidées par la Banque mondiale pour renforcer les économies des pays pauvres, au profit de pays plus riches et de leurs marchés financiers.

Libre Afrique

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