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RDC : Le général Delphin Kahimbi suspendu, une réponse aux demandes américaines?

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Le général Delphin Kahimbi, chef d’état-major adjoint des FARDC et à la tête des renseignements militaires du pays, a été suspendu de ses fonctions le 27 février. Il fait l’objet d’une enquête interne. Les motifs officiels de cette enquête demeurent flous.

C’est un des symboles du pouvoir qu’exerce toujours le clan Kabila en République démocratique du Congo. Delphin Kahimbi, membre éminent de la Kabilie, était demeuré en place malgré le changement de pouvoir et malgré les sanctions américaines et européennes qui le frappaient et qui le frappent encore. Delphin Kahimbi est soupçonné de violations des droits de l’homme.

Si le mystère plane encore sur les motifs réels de cette suspension, certains évoquent des détournements de fonds, d’autres des missions opérées à l’étranger sans en avoir reçu l’autorisation de sa hiérarchie, tout le monde a pu constater la réaction rapide des autorités américaines. Ce fut d’abord l’ambassadeur américain qui, sur twitter a expliqué « Comme nous l’avons déclaré constamment, ceux qui sont corrompus, commettent des violations des droits de l’homme ou qui perturbent le processus démocratique doivent être tenus pour responsables ». Deux heures plus tard, c’est Peter Pham, l’envoyé spécial des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs, de passage récemment à Kinshasa, qui ajoutait : « Nous assistons à une étape importante dans la lutte contre la corruption & l’impunité en #RDC pour laquelle @Presidence_RDC et le gouvernement devraient être applaudis. Comme je l’ai dit récemment à #Kinshasa, personne n’est au-dessus de la loi. #PP4PP« .

Plusieurs constats s’imposent, le premier cette suspension répond aux demandes des Etats-unis qui avaient expliqué récemment qu’ils ne pouvaient s’engager militairement dans l’est aux côtés de la RDC tant que le ménage n’avait pas été fait dans les rangs de l’armée. Pendant son séjour à Kinshasa, Peter Pham, a rencontré les principaux acteurs de la scène politique congolaise. Il a même consenti cette fois à rencontrer Joseph Kabila. Peter Pham est un habitué de Kinshasa. Le président sortant avait lancé plusieurs invitations à l’émissaire américain mais celui-ci n’y avait pas répondu favorablement jusqu’ici. Cette fois, les deux hommes se sont rencontrés. Un entretien prévu pour 30 minutes qui a finalement duré près de 3 heures.

Peter Pham a reproché à Kabila son poids sur le pouvoir de Tshisekedi. Kabila lui a expliqué longuement qu’il ne pouvait faire autrement, détaillant les bienfaits de son action depuis son arrivée au pouvoir en 2001.

Peter Pham n’a visiblement pas été convaincu par ces explications et a laissé entendre que les Etats-Unis étaient déterminés à ne pas le laisser s’imposer, lui l’amateur d’animaux sauvages, au détriment du nouveau pouvoir.

Kahimbi après Kalev

Cette mise à l’écart de Kahimbi est aussi un signal envoyé par le pouvoir de Tshisekedi aux kabilistes. Le 12 février dernier, c’était le tout-puissant Kalev Mutond, ancien patron des renseignements (ANR) et proche parmi les proches de Kabila qui était appréhendé à l’aéroport international de Kinshasa. L’homme a été auditionné plusieurs fois par ses anciens services. Alors qu’il était question initialement de souci de passeport, certains témoignages font allusion aujourd’hui à des accusations bien plus graves, allant jusqu’à parler de « tentatives de déstabilisation du régime ». Kalev est toujours en liberté mais ses auditions se multiplient.

Ces actes posés contre le premier cercle de la Kabilie sont autant de messages envoyés aux membres du PPRD et affiliés. Il s’agit de montrer que personne, dans les rangs du pouvoir de Joseph Kabila, n’est à l’abri. La vie est devenue moins sereine pour nombre de caciques de cette Kabilie qui s’interrogent désormais sur leur futur. Une nouvelle tension qui fait naître des crispations et qui perturbent le quotidien de cette famille politique dans laquelle les conflits sont de moins en moins feutrés. « En s’attaquant à ces personnalités, Tshisekedi, poussé dans le dos par ses voisins et ses alliés, cherche à saper les bases de la structure de Kabila et cela porte ces fruits », nous explique un habitué du pouvoir congolais. « Plusieurs anciens caciques de la Kabilie lancent désormais des appels du pied en direction de Tshisekedi ou de l’opposition. Le malaise est de plus en plus palpable dans les rangs du PPRD et, même au-delà, de tout le FCC. Joseph Kabila l’a bien compris. »

« Pas le choix «

« En fait, le pouvoir de Tshisekedi doit agir aujourd’hui », poursuit un autre proche des dossiers politiques congolais. C’est que les caisses de l’Etat sont vides. La mission du FMI qui vient de se terminer cette semaine n’est pas vraiment encourageante, or la RDC a besoin de liquidités, rapidement. Félix Tshisekedi est attendu à Washington ce week-end.

Il doit allé plaider la cause de son pays auprès de cette instance. Le bilan de la mission du FMI en RDC pointe un léger mieux en fin 2019 mais insiste surtout sur la dégradation de la situation sur janvier et février 2020. Trop de dépenses et pas assez de rentrées. Et pour ce qui est des rentrées, l’explosion de la pandémie du corona virus partie de Chine est, économiquement, une catastrophe majeure pour la RDC. En effet, le cours des matières premières chute chaque jour et la consommation de ces matières premières ne cesse de décroître. Avec, en corollaire, une baisse encore plus significative des rentrées en RDC.

Côté dépenses, la situation n’est guère meilleure et pas besoin de corona virus pour gonfler ce volet du budget. La gourmandise des nouvelles équipes est énorme et les frais de fonctionnement dignes de la cour de Louis XIV.

Et évidemment, ici, il est bien plus difficile pour le pouvoir de Félix Tshisekedi de pointer du doigt des responsables, la plupart se trouvant dans sa famille, qu’elle soit politique ou biologique.

Félix Thisekedi doit donc tenter d’en revenir au fameux « déboulonnage » du pouvoir de Joseph Kabila pour s’octroyer un répit et faire bonne figure vis-à-vis de ses alliés internationaux. Mais dans ce jeu de dupes, la question demeure, jusqu’où pourra-t-il aller?

La rentrée parlementaire du mois de mars permettra d’en savoir un peu plus sur un éventuel nouveau rapport de force entre les élus des plate-formes CACH et FCC.

Libre Afrique

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