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Impacts de la Phytothérapie sur la biodiversité végétale à Kinshasa (RDC)

Article

Contexte

Avec plus de 10 millions d’habitants, la ville de Kinshasa est la plus grande agglomération de la RDC où se jouent de nombreux enjeux liés à la sécurité alimentaire, à la santé, à la gestion de la biodiversité, etc. A la suite de la paupérisation accentuée des populations des zones périphériques, près de 70% de la population kinoise dépend de la médicine traditionnelle pour des soins de santé primaires.

Malgré l’existence en RDC d’un Programme National de Promotion de la médicine traditionnelle et des plantes médicinales (PNMT/PM), la pression sur les ressources végétales utilisées en phytothérapie à Kinshasa est très forte et de nombreuses espèces ont disparu et d’autres sont devenues rares. Les techniques de prélèvement ont provoqué la rareté de certaines espèces dans la région et la destruction des ressources naturelles.

On observe ainsi un réel danger de perte des plantes médicinales du fait de la trop forte pression des phytothérapeutes, des agriculteurs à la recherche des nouvelles terres de culture et des feux de brousse. Parmi les espèces les plus menacées aux environs de Kinshasa, figurent : Garcinia huillensis, Mondia whitei ( ), Morinda morindoides, Musanga cecropioides, Lannea welwitshii, Annona senegalensis, etc.

La rareté de ces ressources a entrainé l’augmentation de leur prix sur le marché (pour Garcinia « appelé Mongindo au marché de Kingasani ». Par exemple, une racine de 1 dm de longueur et de 2 cm de diamètre se négocie actuellement à Kinshasa entre 500 et 1000 francs congolais). La FAO (2001) affirme que les produits médicinaux peuvent ainsi constituer une source importante de revenus dans l’économie locale, nationale ou internationale. Pour que la phytothérapie soit viable, il est indispensable d’assurer la préservation des ressources phytogénétiques. C’est pourquoi, il est important de vulgariser les techniques de prélèvement des espèces végétales utilisées en phytothérapie dans la zone périphérique de Kinshasa.

Les plantes médicinales sont les produits de la biodiversité utilisés dans le traitement pour lutter contre diverses maladies. Les techniques de récolte ont une incidence sur l’avenir de ces espèces. L’utilisation traditionnelle des ressources végétales en phytothérapie constitue un paramètre important à prendre en compte dans tout programme de conservation de la biodiversité végétale et d’aménagement du territoire.

Les parties des plantes les plus souvent prélevées sont des feuilles, tiges, branches, écores, racines, tubercules, fruit, inflorescences, rhizomes, sèves, etc. Près de 85 % des récolteurs sont des hommes et 15 % sont des femmes. S’agissant des vendeurs de produits des plantes médicinales, 70% sont des femmes et 30% des hommes.

Techniques traditionnelles de récolte

Parmi les techniques de prélèvement des parties des plantes utilisées en médicine traditionnelle, on peut citer : (i) la cueillette des feuilles et l’arrachage des tiges, (ii) l’abattage des plantes, (iii) le déracinement complet de la plante, (iv) le prélèvement de quelques racines secondaires, de feuilles ou branches, (v) la cueillette ou le ramassage des fruits, (vi) l’écorçage des tiges et racines. Ces techniques de récolte ont impact sur l’avenir de la biodiversité végétale utilisée en phytothérapie. Elles conduisent à la destruction des ressources parfois aussi à la raréfaction du matériel biologique.

Comment préserver les ressources végétales utilisées en phytothérapie ?

Une bonne partie de matériel végétal récolté n’est pas utilisée en phytothérapie à cause des conditions précaires de conservation. Il est important de former et de sensibiliser les récolteurs et les utilisateurs de ces plantes sur les techniques de conservation. Le séchage de certains produits peut être utile et rendre le produit disponible sur le marché mais tout en veillant sur la sécurité sanitaire pour éviter que le produit utilisé ne soit pas une source de contamination mais puisse servir au traitement. La domestication de certaines espèces s’avère nécessaire. Ceci permettra de protéger les espèces les plus fragiles de l’environnement qui peuvent sauver des vies humaines. La construction des jardins de plantes médicinales doit être envisagée dans la logique du développement durable.

Des techniques durables pour la récolte des parties des plantes utilisées en phytothérapie doivent être vulgarisées. S’il faut prélever toute la plante, il est conseillé de choisir une plante adulte et laisser la plus jeune tout en s’assurant de sa croissance. En ce qui concerne les racines, on peut en prélever quelques-unes sur un côté de la plante, sans toucher l’autre côté, et ne jamais toucher la racine principale au risque de faire périr toute la plante. Pour l’écorce, utiliser seulement une partie de la branche secondaire, ne jamais enlever l’écorce du tronc principal. Si on doit prélever les feuilles, il faut en prendre quelques-unes sur chaque branche.

Conclusion et recommandations

La biodiversité végétale joue un rôle important dans le traitement des maladies dans la ville de Kinshasa en particulier et en République Démocratique du Congo en général. Il appartient aux acteurs de notre société concernés par cette question, de s’impliquer pour éviter la disparition de certaines espèces suite à la pression exercées par les récolteurs et d’autres pratiques anthropiques comme le feu de brousse, l’agriculture itinérante sur brûlis, etc.

Il est donc recommandé aux chercheurs, d’orienter leurs études sur les possibilités de domestication de certaines espèces qui font l’objet de menace suite à la forte demande, et d’évaluer la capacité de chacune de ces espèces à résister aux différents modes de prélèvements. Aux récolteurs des plantes utilisées en phytothérapie, de recourir aux méthodes de récolte capables d’assurer la préservation de la ressource, et aux vendeurs de ces produits, d’appliquer des méthodes hygiéniques de conservation de produits (séchage, etc.) en vue de réduire le gaspillage. A l’Etat congolais, de renforcer les capacités des acteurs de la filière par la sensibilisation et la formation, et de doter le Programme National de Promotion de la médicine traditionnelle et des plantes médicinales (PNMT/PM), des moyens nécessaires pour rendre la phytothérapie durable dans la ville de Kinshasa en particulier et en République Démocratique du Congo en général.

La préservation des plantes médicinales est d’une importance capitale non seulement pour la phytothérapie mais surtout pour le développement de l’industrie pharmaceutique en RDC.

« Un peuple qui ne prend conscience de rien et de tout, est un peuple voué non seulement à la stagnation mais aussi à la régression »

Par Adélard KAWANGA

Article publié le: 21 Juillet 2017 22:43

Références bibliographiques

BELESI M. (2009). Etude floristique, phytogénétiques et phytosociologie de la région Bas Kasaï en République Démocratique du Congo, thèse de doctorat, Unikin. P 349-378.

BILOSO M. (2003). Contribution à l’étude d’approvisionnement et distribution des produits de chasse et de cueillette dans la ville de Kinshasa en RD. Congo, D.E.S inter universitaire en gestion des ressources animales et végétales en milieu tropicaux, Fusagx/ULG (Belgique), 53 p. inédit.

BILOSO M. (2008). Valorisation de produits forestiers non ligneux de plateaux des Batéké en périphérie de Kinshasa (RDC). Thèse de doctorat, ULB.

FAO (2001). Stratégie et développement rural-programme de relance du secteur forestier en R.D.C, note de cadrage ROME : FAO, 26 p.

LUBINI (1997) Les ressources phytogénétiques des savanes du Zaïre méridional. In Colloque « gestion des ressources génétiques plantes en Afrique des savanes », BAMAKO-MALI : 24-28 Février 1997.

Vous pouvez télécharger le programme ici :

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Commentaires

Anicet Elanga
j' apprecie || 20/03/18 - 06:03:52
CABD