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RDC : Heurts entre police et Bundu dia Kongo: le retour du désir d’autonomie

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Par Marie-France Cros

On déplore six morts après trois heures d’affrontements, mercredi, entre la police et des adeptes de la secte politico-religieuse Bundu dia Mayala (ex-Bundu dia Kongo), qui avait, une fois de plus, violé l’interdiction de rassemblement. Elle organise depuis quelques jours des protestations contre les non-originaires de la province. Mais ces violences sont révélatrices d’un malaise profond dans les provinces, exacerbé par la crise due au coronavirus.

C’est la police de Boma – un port à 400 km de Kinshasa – au Kongo-central (ex-Bas-Congo) qui a annoncé le bilan, cité par l’AFP: un policier lynché, un adepte de Bundu dia Mayala tué, ainsi que quatre personnes qui ne seraient pas liées aux événements. Selon l’agence de presse congolaise APA, les heurts auraient débuté lorsque la police a voulu disperser un rassemblement d’adeptes dans la commune de Kalamu, à Boma.

Défis à l’interdiction de se rassembler

Ce n’est pas la première fois que le parti-secte défie l’interdiction de rassemblement de plus de 20 personnes décrété dans le cadre des mesures de lutte contre l’épidémie de coronavirus. Un tel rassemblement avait déjà été réprimé le lundi de Pâques à Kisantu (Kongo-central) et s’était soldé par un bilan de 4 morts. Un autre rassemblement des adeptes avait été dispersé le 30 mars à Kinshasa.

Selon APA, le gouverneur du Kongo-central, Justin Luemba, avait rencontré des représentant de Bundu dia Mayala/Bundu dia Kongo après les événements de Kisantu, lundi dernier. Les deux parties se seraient quittées satisfaites et le gouverneur indiquait avoir insisté auprès du parti-secte pour que soit respectée l’interdiction de rassemblement. Visiblement, le message n’a pas été relayé.

Particularisme Kongo et rejet des non-originaires

S’appuyant sur le particularisme de l’ethnie Kongo et sur le prestige de leur ancien royaume, qui échangeait des ambassadeurs avec le Portugal au XVème siècle, le gourou du parti-secte, Ne Mwanda Nsemi, revendique l’indépendance des provinces qui furent le cœur de cet ancien royaume Kongo (Kongo-Central, Kinshasa, Kwango, Kwilu et Mai Ndombe, une partie du Congo-Brazzaville et une petite partie de l’Angola) avant la colonisation. Son rejet des « non-originaires », qui touche souvent à la xénophobie, trouve un large écho dans la population kongo mais celle-ci récuse généralement la violence parfois utilisée par la secte.

Cette dernière a été victime d’une violente répression en 2007 et 2008 par le régime Kabila, condamnée internationalement. Le défunt défenseur des droits de l’Homme, Floribert Chebeya, de la Voix des Sans Voix, préparait une plainte devant la Cour pénale internationale (CPI) contre les auteurs de cette sanglante répression lorsqu’il avait été convoqué par la police de Kinshasa et assassiné, le 2 juin 2010.

Ces dernières semaines, le parti-secte a repris des manifestations contre les non-originaires. Dans un message sur Facebook, mercredi soir, un des élus de la région les plus connus, Eugène Diomi Ndongala, ex-prisonnier politique de Joseph Kabila, indique qu’ « au-delà des revendications identitaires, la population proteste » contre « la marginalisation des Ne-Kongo (NDRL: membres de l’ethnie Kongo) dans la gestion du patrimoine économique d’une des rares provinces productives de recettes » dans le pays.

« La corruption et les détournements appauvrissent la province du Kongo-central, qui ne profite en rien des moyens économiques qui devraient être alloués à son développement; les actifs des sociétés publiques et les péages ou taxes imposés prennent d’autres destinations ». M. Diomi cite en exemple la Route Nationale N°1, qui va de Kinshasa à Matadi (Kongo-central) – port d’arrivée de nombreuses importations destinées à la capitale congolaise; cet axe de première importance, écrit-il, est « géré par une société chinoise, avec des participations de la famille Kabila« .

Une source proche de M. Diomi, interrogée par La Libre Afrique.be, ajoute que les Kongos s’indignent du « pillage du patrimoine provincial » par « des dirigeants des entreprises locales, en majorité non-originaires« .

Les provinces privées de leurs 40%

Plus généralement, les poursuites lancées à Kinshasa contre les auteurs de détournements massifs d’argent public ont ravivé la rancœur des provinces productrices de recettes – Katanga, Kongo-central, Kivus – contre Kinshasa. Du coup, elles ont de plus en plus de mal à supporter le non respect de la Constitution de 2006, qui prévoit que les provinces peuvent retenir à la source « 40% » des recettes qu’elles engrangent. Les autorités de Kinshasa préfèrent tout rafler et « rétrocéder » de l’argent aux provinces selon leur bon vouloir. Ces sommes n’atteignent jamais 40%.

Cette absence de respect de la Constitution revient à la surface à l’occasion de la crise due au coronavirus, qui a suscité l’isolement sanitaire de Kinshasa par rapport aux provinces. Alors que dans certaines assemblées provinciales, les députés n’ont pas été payés depuis cinq mois, on demande aux provinces d’organiser la riposte au coronavirus et les mesures d’accompagnement. Cette situation ravive les désirs d’autonomie, notamment au Kivu.
Libre Afrique

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