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RDC : Pression maximale des Tshisekedistes pour décrocher la présidence de la Ceni

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Le dossier de la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’a pas fini de faire du bruit, d’attiser des appétits et de multiplier les entourloupes dans les rangs de la majorité pour tenter d’imposer son candidat.

Le dossier Ronsard Malonda, candidat issu de la Ceni sortante, est loin d’être clos. Le candidat, jugé très proche du FCC et de l’ancien président de la Ceni, est toujours en lice pour incarner le candidat qui représenterait les organisations religieuses dans la course à la succession de Corneille Nangaa. Mais un autre nom revient avec insistance ces derniers jours, celui de Denis Kadima. Un expert électoral qui a fait une grande partie de sa carrière en Afrique du Sud et dont le nom s’est retrouvé sur la liste des six derniers candidats en lice lors des négociations menées par la plateforme des confessions religieuses de la RDC, alias la Commision d’intégrité et de médiation électorale (CIME).

Un candidat qui aurait été évincé début juin à la demande des catholiques qui le considéraient comme trop proche de Félix Tshisekedi et de certains de ses conseillers.

« Un argument que nous avons pris avec des pincettes. Mais les explications ultérieures et certains comportements nous ont convaincu de la véracité de ces propos », reconnaît aujourd’hui un des participants à cette négociation des instances religieuses du début du mois de juin. « Le CV de Kadima est assez remarquable. En fait, professionnellement, Malonda et Kadima doivent être les meilleurs candidats », enchaîne un autre participant. « Le souci, c’est leur proximité évidente avec le pouvoir en place qui pose question. Les derniers événements autour de la candidature de Kadima ne vont pas plaider sa cause. On peut dire que la présidence ou en tout cas l’entourage du président a mal joué dans ce dossier en tentant d’instrumentaliser la justice pour son candidat. Il est impossible désormais de laisser passer ce candidat », poursuit-il avant d’ajouter : « si la justice continue de se plier aux injonctions du pouvoir, nous expliquerons la situation aux Congolais et nous n’hésiterons pas à descendre dans la rue. Les Congolais ont trop souffert et souffrent encore trop de la confiscation de la démocratie par celles et ceux qui ont accaparé frauduleusement le pouvoir ».

Il est vrai que la démarche qui tend à imposer la candidature de Denis Kadima au nom de la société civile électorale (Educiel – composante qui a droit à un représentant au sein de la Ceni, comme les confessions religieuses et les organisations féminines de défense des droits de la femme) pose un certain nombre de questions et implique exclusivement des proches du président de la République.

Un dossier a été introduit devant la justice par Educiel qui reproche à l’Assemblée nationale de ne pas avoir tenu compte de son P.-V., déposé selon ses dires le 15 juin à l’Assemblée nationale, pour présenter Denis Kadima comme le candidat officiel de la société civile électorale à la présidence de la Ceni. Une démarche introduite par le docteur Bonganga Djema, présenté comme le coordonnateur national d’Eudiciel, un statut que plusieurs membres d’ONG présentes au sein de cette instance de la société civile lui réfutent, arguant du fait que l’homme a été candidat à la députation nationale lors des législatives de décembre 2018, ce qui jette un doute sur son indépendance.

Audiences en cascades et timing très très serré

Une première audience s’est tenue le 15 juillet devant le tribunal de Grande instance de Kinshasa/Gombe. L’affaire portée par le docteur Bonganga a alors été renvoyée au 12 août. Le lendemain, 16 juillet, le cabinet d’avocats Taylor Lubanga et Associés introduit une requête « sollicitant l’ordonnance de rabattement de délai » dans ce dossier. Un dossier pris en moins de 24 heures, cela relève du Guiness Book des records. Le 17 juillet, toujours la même célérité, une ordonnance du président a.i. du tribunal de Grande instance de Kinshasa/Gombe casse la décision prise 48 heures plus tôt. « Une violation évidente d’une décision prise par un tribunal », souligne un juriste kinois qui souligne que le cabinet qui représente le docteur Bonganga est dirigé par un chargé de mission du cabinet de la présidence de la République.

Mercredi, le 22 juillet, les avocats des confessions religieuses constatent que le dossier n’est pas au rôle. « Il a été inscrit à la main en toute dernière minute », explique un témoin. « Les avocats vont soulever une série d’exceptions qui ont toutes été rejetées par le tribunal qui n’a rien voulu écouter », poursuit le témoin. Les avocats ont notamment plaidé qu’ils n’ont pas reçu l’assignation et qu’ils ne disposent pas des pièces qui ont été déposées par la partie adverse.

L’exploit du huissier qui a remis cette assignation indique que le document a été déposé au numéro 19 Quartier Mont-Fleury à Kinshasa. Souci, le siège des confessions religieuses se trouvent au numéro 80. L’adresse sur l’assignation correspond en fait à la résidence d’un autre conseiller de Félix Tshisekedi.

Les avocats n’ont donc pas reçu la convocation. Comment expliquer dès lors qu’ils se sont rendus au tribunal le 22 juillet ? « Grâce ou à cause des réseaux sociaux », explique un des membres des confessions religieuses. « Aujourd’hui, à Kinshasa, les réseaux sociaux sont devenus des acteurs majeurs de la vie politique. »

Autre question majeure dans ce dossier, pourquoi Eudiciel cherche-t-il à impliquer la CIME dans ce dossier. Les deux institutions ont le droit de présenter un candidat à la CENI. Les confessions religieuses ne peuvent en rien être tenues pour responsables d’un éventuel manquement de l’Assemblée nationale vis-à-vis d’un PV déposé par Eudiciel. Pour nombre d’intervenants, en tentant d’obtenir aux forceps une décision de justice qui reconnaîtrait la candidature de Denis Kadima, le pouvoir proche de la présidence de la RDC veut imposer son choix et son candidat à l’Assemblée nationale en discréditant du même coup un peu plus la candidature de Ronsard Malonda.

« Des conseillers du président ont fait pression sur nous avant le vote pour Ronsard Malonda et immédiatement après », nous expliquait récemment un des représentants des confessions religieuses présents lors de ces discussions. « Les mêmes pressions sont aujourd’hui exercées sur les membres des associations féminines qui doivent encore désigner leur candidate à la CENI. Le respect de l’état de droit qui est prôné par la présidence, c’est un slogan, des mots sans consistance. Dans la réalité, et pourtant j’ai voulu croire en ce nouveau régime, la situation est catastrophique. Peut-être pire que jamais. Les Congolais sont pris en tenaille entre les kabilistes et les tshisekedistes. C’est invivable. »

Libre Afrique

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