EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

RDC : « Pourboires » miniers : partenariat public privé chinois

Article

Selon l’ONG britannique Global Witness, non content d’avoir conclu avec la Gécamines un contrat léonin de 2 milliards de dollars, le géant chinois des non ferreux, CNMC, se retrouve associé dans d’autres projets à un homme d’affaires qui se vante de corrompre les fonctionnaires congolais.

Dans un rapport publié ce jeudi, Global Witness dénonce un contrat signé en 2015 entre la Gécamines avec la China Non Ferrous Metals Company (CNMC). Il concerne l’accès à une ressource d’une valeur estimée à 2 milliards de dollars dont le fleuron est le gisement de Deziwa, où l’exploitation à ciel ouvert a commencé en janvier 2020, à 35 km à l’est de Kolwezi.

Les réserves de la joint venture Société minière de Deziwa (SOMIDEZ), dont la CNMC détient 51% des parts et la Gécamines les 49% restants, représentent, avec 4,6 millions de tonnes de cuivre et 420 000 tonnes de cobalt, l’équivalent d’environ quatre fois la production nationale des deux minerais.

Selon Global Witness, le contrat prévoit un investissement de 880 millions de dollars pour développer la mine, les infrastructures et une raffinerie, financé sous forme de prêts par CNMC. Après quoi, les infrastructures doivent être transférées à la Gécamines. Mais il y a un « hic », remarque l’ONG britannique : CNMC entend réaliser au préalable des « bénéfices raisonnables ». Or, faute de chiffres, difficile de savoir si ce méga-contrat est équitable, remarque-t-elle. Il est cependant crucial pour les Congolais de savoir à quoi s’en tenir :le montant à rembourser pour le prêt chinois correspond à 10 % de la dette extérieure du pays.

Une des principales conditions de l’accord stipule que lorsque CNMC restituera le site à la Gécamines, à la fin de la première phase, il devra contenir des volumes de cuivre suffisants pour continuer l’exploitation. Mais la possibilité d’une seconde phase est prévue et la Gécamines peut décider de ne pas exploiter elle-même et se contenter d’encaisser des fonds supplémentaires qui ne seraient que prêtés, critique Global Witness.

L’ONG constate aussi quelques anomalies dans l’exécution du contrat, dont une clause mentionne un pas de porte de 55 millions à verser à la Gécamines. En effet, l’entreprise d’État congolaise n’en aurait, en définitive, perçu que la moitié. Pourquoi ? Mystère. Ni CNMC ni la Gécamines n’ont répondu aux demandes d’éclaircissement de Global Witness.

L’ONG soulève un autre lièvre qui suscite des inquiétudes relatives au comportement éthique de CNMC. Elle révèle que l’un des intermédiaires de CNMC au Congo n’est autre qu’un homme d’affaires chinois, dénommé Siu Kam Ng, originaire de la province du Fujiang, qui s’est implanté successivement à Hong Kong, en Afrique du Sud et en Zambie avant de s’installer au Congo. En vertu d’un accord signé en 2010, Siu Kam Ng est actionnaire de plusieurs filiales de CNMC en RDC avec une participation de 32,5 % dans l’usine de traitement Huachin Leach Metal et une autre de 35 % Huachin Mabende, qui exploite la mine éponyme.

Si Siu Kam Ng ne semble pas, selon Global Witness, être partie prenante dans le projet Deziwa, il n’en demeure pas moins qu’il est un partenaire important de CNMC. Cela ne rassure guère sur le plan de l’éthique car l’homme d’affaires s’est vanté dans les médias chinois d’avoir versé des « pourboires » à des fonctionnaires congolais pour accéder à des gisements. Il s’est notamment targué, dans une interview accordée en 2016 au site chinois « Netease News », d’avoir aidé CNMC à pénétrer le marché congolais. Il explique la valeur ajoutée qu’il peut apporter au partenariat public privé avec des entreprises d’État chinoises dans leurs opérations en Afrique. Ainsi, l’homme détaille ainsi tranquillement que, contrairement aux sociétés publiques qui doivent justifier à Beijing tout versement à des étrangers, si minime soit-il, lui-même n’est pas tenu par de telles obligations, en tant que personne privée. Un partage des tâches en quelque sorte. L’interview date d’il y a quatre ans mais nul, avant Global Witness, n’avait établi la connexion entre les pratiques du personnage et CNMC.

Quant aux retombées des contrats importants de CNMC pour la main-d’œuvre congolaise, elles seraient faibles. Selon le site Africa Intelligence de Paris, CNMC a conclu le 20 juin dernier un accord avec la Gécamines prévoyant une compensation de 5 millions de dollars à verser à la société congolaise, en contrepartie de l’autorisation de déroger à l’obligation légale de recruter une société de sous-traitance appartenant majoritairement à des Congolais, pour construire la mine de cuivre et cobalt de Kambove.

Libre Afrique

Vous pouvez télécharger ce document ici :

RDC : « Pourboires » miniers : partenariat public privé chinois

Commenter

Chers lecteurs, les commentaires déposés n'engagent nullement eadev-agro-congo.com. Néanmoins, pour conserver un espace instructif et informatif, eadev-agro-congo.com se réserve le droit de supprimer tout commentaire indésirable ou contraire aux valeurs morales

Commentaires

CABD