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Bukanga-Lonzo : l’audit d’Ernest & Young met à nu l'opacité dans la gestion du projet

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Le ministère des Finances, au nom du gouvernement Congolais, avait contracté avec le cabinet international d’audit Ernest & Young (EY) pour auditer la mise en œuvre du projet de Bukanga-Lonzo dans la période allant du 31 mars 2014 à fin février 2015.

C’est le 20 février 2014 que le gouvernement de la République démocratique du Congo de l’époque, sous la direction d’Augustin Matata Ponyo, avait signé un contrat de gestion avec le partenaire Sud-africain AFRICOM COMMODITIES portant sur la gestion du parc agroindustriel de Bukanga-Lonzo.

Dans sa mission, ce partenaire sud-africain devrait fournir des services nécessaires pour l’aménagement, la construction, la gestion et l’exploitation de ce parc agro industriel dans l’optique de relancer le secteur agricole en RDC et freiner les importations des produits alimentaires dans le pays. C’est pourquoi Bukanga-Lonzo était juste un projet pilote qui devrait s’étendre en province normalement. Ce qui n’a jamais était le cas à ce jour.

Selon le cabinet EY, le montant total alloué par le gouvernement Congolais au projet Bukanga-Lonzo est de 92.293. 337 USD à la période arrêtée au 31 mars 2015, soit une année après la mise en œuvre du projet.

Les résultats de cet audit révèlent plusieurs manquements tant sur le cadre institutionnel, l’utilisation des fonds alloués par le gouvernement, les procédures d’acquisitions des équipements ou de passation des marchés, sur la gouvernance d’entreprise eu sein du projet et même de risque de fraude.

L’audit d’EY indique au niveau institutionnel que le partenaire sud-africain n’a pas mis sur place en RDC de système comptable et financier, d’organisation administrative encore moins de gestion de stock et informatique afin d’assurer une gestion permanente et transparente des opérations du projet.

Dès lors, toutes les opérations de passation de marchés, de gestion financière et comptable relatives aux activités du projet étaient effectuées directement depuis le siège d’Africom Commodities en Afrique du Sud. Ce qui est une violation de la loi congolaise qui impose aux sociétés opérant sur le territoire national d’y tenir également leur comptabilité.

En ce qui concerne l’utilisation des fonds alloués par le gouvernement Congolais, EY révèle dans son audit que le rapport financier préparé par AFRICOM COMMODITIES n’a pas été élaboré sous le format des états financiers du régime OHADA pratiqué en RDC depuis janvier 2014. Et ce rapport financier ne comprenait pas les recettes générées par le projet pendant la période sous examen.

“Les paiements effectués par le gouvernement Congolais en faveur du projet Bukanga-Lonzo n’ont pas été soutenus par des pièces justificatives devant nous permettre de vérifier l’authenticité, la sincérité et l’exactitude de ces montants. La Direction du trésor et de l’ordonancement (DTO) n’a mis en notre disposition que des certificats de transfert d’un ordre de paiement informatisé”, écrit Ernest & Young dans son rapport d’audit.

De même, l’examen des procédures et de passation de marché a révélé que les règles de transparence et d’équité dans l’acquisition des matériels et équipements n’ont pas été respectées. Ainsi, il a été observé que les équipements acquis dans le cadre du projet Bukanga-Lonzo l’ont été à des prix « excessivement supérieurs » par rapport aux concurrents sur le marché international.

Le gestionnaire du projet n’était pas en mesure de fournir les appels d’offre pour sélectionner les fournisseurs d’équipements, selon l’audit. A ce propos, EY indique que les fournisseurs des équipements du projet Bukanga-Lonzo ont été tous des sociétés sœurs à AFRICOM COMMODITIES notamment Michigan Equipment, BPI Manufacturing, Triomph Fertilizer et Desticlox.

Il n’y avait pas non plus un Comité d’achat pour approuver les acquisitions. Seul le CEO d’AFRICOM COMMODITIES, M. Grobler, approuvait les achats.

Du point de vue gouvernance d’entreprise au sein du projet, le cabinet a relevé l’absence d’exigence de garantie de bonne exécution du projet au partenaire. Selon EY, AFRICOM COMMODITIES devrait déposer une garantie dans un compte bancaire assortie d’une attestant stipulant que « le partenaire s’engage à exécuter le projet conformément au contrat et mettra toute son expertise pour assurer la bonne exécution du projet ». Ce qui n’a pas été fait.

Selon Ernest &Young, aucune exigence non plus n’a été donnée à la société gestionnaire en ce qui concerne la gestion des impacts environnementaux suite à l’utilisation des produits chimiques à savoir les engrais.

Faisant la revue de risque de fraude, ce cabinet d’audit a indiqué l’existence des paiement effectués directement à des tiers mais pour lesquels le ministère des Finances de la RDC n’a pas été en mesure de mettre à sa disposition des évidences probantes et appropriées des justificatifs. Selon EY, il existe un risque que ces paiements ne soient pas effectués en faveur du projet Bukanga-Lonzo.

Le parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo s’étend sur 70.000 hectares dans la province du Kwilu. Le projet a employé 428 personnes dont 14 expatriés et 414 Congolais. Avec son départ du gouvernement fin 2016, Matata Ponyo soutient que ce projet n’a plus été financé. Il est depuis à l’arrêt. Il y a même un procès entre le gouvernement Congolais et son partenaire. Lors de sa visite il y a une semaine à Bukanga-Lonzo, le premier ministre, Sylvestre Ilunkamba, a découvert un spectacle désolant sur les sites. Des matériels cannibalisés et laissés à l’abandon depuis plus de 3 ans. Présentement, le ministre de l’Agriculture est en train de relancer les activités agricoles. Environ 1500 hectares devraient être cultivés cette saison selon le ministre.

Desk eco

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