EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

L’entrepreneuriat dans le maraîchage à Kinshasa

Article

Entrepreneuriat dans l’activité maraîchère au Plateau des Batéké à Kinshasa : une expérience des jeunes diplômés de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université de Kinshasa

1. Introduction

La difficulté de trouver de l’emploi après les études supérieures ou universitaires est une réalité en République Démocratique du Congo. Il faut de l’imagination et de la détermination pour faire quelque chose dans ce pays aux multiples problèmes existentiels. L’absence d’emplois expose les jeunes diplômés universitaires à la précarité. Parmi les conséquences : le mariage est renvoyé aux calendes grecques, l’obligation de rester en familles après les études avec le mépris que cela occasionne, le désespoir, etc.

Notre expérience dans le domaine du maraîchage peut servir de cadre de réflexion à de nombreux jeunes congolais qui espèrent toujours trouver de l’emploi dans le secteur formel. Après nos études à la Faculté des Sciences agronomiques de l’Université de Kinshasa, tous les efforts fournis pour trouver du travail dans les entreprises privées et publiques ou dans la fonction publique n’ont donné aucun résultats positif pendant près de 5 ans.

Convaincus que rien ne pourra sortir d’une telle démarche dans un pays où il n’existe aucun programme sérieux de réinsertion professionnelle des jeunes, nous avons pris l’option de mettre en application ce que nous avons appris à l’Université surtout dans le domaine de la production végétale et plus particulièrement le maraîchage. Le choix de ce secteur était dicté par des considérations sociales et économiques. Les cultures maraîchères apportent des revenus dans une courte période (1 mois pour la majeure partie de légumes feuilles et plus au moins 3 mois pour les légumes fruits) et sont réalisées dans un espace facile à contrôler.

Les principales spéculations maraîchères réalisées dans le cadre de notre projet sont le poivron, l’aubergine et le piment. Cette initiative a débuté en mai 2016 à Mongata avec un champ d’une superficie de 0,5 ha réparti de la manière ci-après : 0,25 ha pour le poivron et le piment et 0,25 ha pour l’aubergine. Le choix ce site (Mongata) était guidé par plusieurs raisons : la disponibilité de l’eau, l’existence d’une voie de communication et d’évacuation de la production, l’opportunité de trouver la matière fertilisante (bouse de vache dans les Kraals bovins au Domaine des sources à Mongata, Lara à Kabuba, etc.) dans la région, la disponibilité de la main d’œuvre et des terres cultivables, etc.

2. Moyens mobilisés pour le démarrage du projet

La réalisation d’un projet exige des moyens financiers, matériels et humains. De façon générale, un hectare des terres au plateau des Batéké coûte 150 USD en savane et 300 USD si ce dernier est à côté d’un cours d’eau. Le coût brut pour réaliser un hectare de poivron et d’aubergine varie entre 3000 USD à 5000 USD. Mais dans le cadre de ce projet, nous avons commencé par exploiter avec près de 400 USD une superficie de près de 300 m2 des terres. Les revenus obtenus nous ont permis d’augmenter petit à petit la superficie exploitée.

3. Résultats obtenus

De par leur cycle, les cultures maraîchères installées dans notre parcelle ont un cycle qui dure généralement 3 mois. La récolte des aubergines peut aller jusqu’à une année si les conditions sanitaires sont bien respectées, la fertilisation et l’arrosage sont bien réalisés. Le temps entre deux récoltes est généralement de 10 jours. Le rendement moyen obtenu pour l’aubergine dans 0,25 ha est de 9 tonnes et le produit brut généré est de 5400 USD. Pour le poivron et le piment, le rendement moyen obtenu dans 0,25 est de 4 tonnes et le produit brut généré est de 6000 USD.

4. Difficultés rencontrées

Parmi les difficultés rencontrées, nous pouvons citer :

  1. La mauvaise organisation du marché : ce sont des mamans communément appelées manœuvres qui fixent le prix des produits et décident sur le mode de paiement (cash ou à crédit). Ce qui occasionne la lenteur dans le recouvrement après la vente et la variation de prix des produits d’une récolte à une autre.
  2. Les attaques des insectes et maladies en saison de pluies : le poivron est la culture la plus attaquée par les insectes et les maladies. Il faut disposer de moyens suffisants pour combattre les bio-agresseurs de cette culture.
  3. Les difficultés d’arrosage sur des grandes superficies : plus la superficie à arroser augmente, plus le travail nécessite beaucoup d’équipements et de main d’œuvre.
  4. . La fertilisation avec le même produit (bouse de vaches) n’est pas souvent recommandée à cause de risque de toxicité. La fiente de poules qui constitue le fertilisant stratégique n’est pas disponible dans la région et son obtention en grande quantité nécessite des moyens financiers conséquents.
  5. . Le manque de dispositif de conservation des produits (Entrepôt frigorifier) entraine des pertes énormes après la récolte.

5. Perspectives

Le projet initié il y a de cela plus d’une année par les jeunes diplômés universitaires de la Faculté des Sciences de l’Université de Kinshasa, a montré qu’il est possible de réaliser certaines activités capables de générer des revenus vous permettant de construire petit à petit la vie. Nous employons près de 8 jeunes gens pour les travaux de préparation du terrain, de semis/plantation, d’entretien et de récolte des cultures.

L’Université de Kinshasa a mis à notre disposition un certain nombre de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être ainsi que des compétences capables de nous aider à forger l’avenir sans trop perdre de temps dans les demandes d’emplois hypothétiques. Nous sommes capables de mobiliser des ressources financières, de gérer, d’organiser des ressources matérielles et humaines pour démarrer une activité génératrice des revenus.

Par Jean Claude MUWO


Le Représentant

Références bibliographiques

Tél. 0823859011
Email : muwojc@gmail.com

Publié le 14 Septembre 2017

Vous pouvez télécharger le programme ici :

L’entrepreneuriat dans le maraîchage à Kinshasa

Commenter

Chers lecteurs, les commentaires déposés n'engagent nullement eadev-agro-congo.com. Néanmoins, pour conserver un espace instructif et informatif, eadev-agro-congo.com se réserve le droit de supprimer tout commentaire indésirable ou contraire aux valeurs morales

Commentaires

NGALANZAYAWO ADRIEN
je souhaite prendre part à l'atelier qui sera organisé le 01 et 02 Mars 2018 à la faculté des sciences agronomiques à l'Université de Kinshasa. || 22/02/18 - 11:02:36
serge KALONJI
Du courage leader. La meilleure façon de rendre malheureux est celle d'attendre qu'un personne vous rende heureux. Alors que tu peut toi même te rendre service. || 05/02/18 - 08:02:36
Bayika mamvemba ir.Agro / u.k/MB-NG
félicitation mes cher confrère! || 20/01/18 - 10:01:37
Kimbeni Marie-Claire
|| 08/01/18 - 02:01:45
Kimbeni Marie-Claire
|| 08/01/18 - 02:01:20
Mabungu mputu
Merci beaucoup || 23/11/17 - 08:11:13
Placide Muzola
Très très belle initiative; vous êtes un bon exemple à suivre. Avec un peu plus de volonté et de détermination, vous pouvez devenir des pionniers dans l'entrepreneuriat START-UP investissant dans le secteur agricole en RDC. C'est admirable ce que vous aviez fait. Bon courage ! || 10/11/17 - 02:11:03
CABD