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RDC: l’exploitation des minerais en RDC, une longue histoire

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Kambové, une mine artisanale et hors système

En République démocratique du Congo, on estime que 20% de la production de minerais est issue de mines artisanales. En dépit des autorisations officielles délivrées par l’Etat congolais, le reporter de RFI a été empêché d’entrer sur les sites de mineurs artisanaux où il s’est rendu dans le Haut-Katanga. Il a néanmoins pu récolter certains témoignages, qui révèlent des conditions de travail terribles et une opacité entretenue au plus haut niveau du pouvoir congolais.

Ils sont trois : deux hommes et une femme qui fouillent la terre du site de Tokotens, commune de Kambové. Une mine artisanale située à 150 kilomètres au nord de Lubumbashi, au cœur de la Ceinture du cuivre qui traverse le Lualaba, le Haut-Katanga, et se prolonge jusqu’en Zambie. Rencontrés à l’extérieur de la mine, ils acceptent de témoigner.

« J’ai 30 ans. Cela fait cinq ans que je suis creuseur. J’étais infirmier, on me payait 50 dollars. Maintenant, avec la famille cela ne suffisait pas pour payer la maison. C’est trop cher sur Congo… », dit l'un d'entre eux.

Dans le site où ils travaillent, ils sont « plus de 1 000. Nous sommes nombreux. Parfois, quand il y a des morts, les gens quittent d’abord. Dès qu’il y a du calme, les gens reviennent encore ».

Quant à la femme, elle a 40 ans. Cela fait dix ans qu'elle « fait aussi le creusage dans les sites artisanaux ». Elle raconte : « Les femmes utilisent les barres de mines pour creuser afin de trouver des minerais de cuivre et les amener au dépôt pour les revendre. Si nous ne travaillons pas, les enfants n’auront pas mangé, les enfants ne seront pas scolarisés ».

« J’ai 35 ans. Je n’ai pas d’emploi, dit le second homme. Je fais seulement le creusage, depuis au moins quinze ans. C’est-à-dire que nous utilisons nos barres de mines, les bêches pour creuser, jusqu’à atteindre même 25 mètres. Une fois que vous êtes sur le filon, directement, vous prenez ce minerai-là et vous allez vendre. Il y a du cuivre, de l'or, du cobalt, coltan ».

«Avec les Chinois, les prix ne montent jamais»

Les mineurs artisanaux sont théoriquement organisés en coopératives. Ce sont elles qui revendent collectivement les minerais à des négociants en fonction de la teneur des minerais extraits et des prix du marché. Le tout dans des zones d’exploitations artisanales encadrées par les services de l’Etat afin d’assurer des conditions de travail décentes et des revenus justes. Mais pour ces creuseurs, rien de tout cela.

« On ne gagne presque rien, se plaint un des hommes. On creuse beaucoup. Mais pour vendre, les Chinois nous volent beaucoup. Par jour 10 000 francs. Tu peux gagner 10 000 francs, tu peux gagner peut-être 5 000, 15 000. Bon, c’est comme ça ». Et de poursuivre : les négociants, « les Chinois nous trompent avec leurs machines à pourcentages, quand ils calculent la teneur du minerai. Ils nous volent. [...] Vous amenez les sacs qui vous pèsent 5 kilos, mais dès que ça arrive chez les Chinois, ça pèse 30 à 50 kilos ».

Vendre ailleurs ?

Et pourquoi ne pas vendre ailleurs ? « Ils sont un peu sécurisés par l’armée, c’est difficile, poursuit le même interlocuteur. La Garde présidentielle est à leur côté. Vous discutez, ils vous poussent. Ils vous chassent. [...] Nous ne travaillons pas pour une coopérative. Nous sommes tous seuls ».

Les prix ont pourtant augmenté. Est-ce que cela a motivé d’autres gens à venir travailler à leurs côtés ? « Chez les Chinois, les prix ne montent jamais. Nous savons très bien qu’il y en a qui sont informés sur les prix qu’on a sur le marché mondial. Ici, les Chinois sont en train de nous imposer le prix d’achat », déplore un des hommes.

Mais normalement, ce travail est encadré. Il existe des coopératives... « Les Chinois ne nous encadrent pas. Ils ne nous donnent même pas des tenues. Même pas le matériel de travail, confie-t-il. On leur a donné la responsabilité de ces concessions-là. C’est-à-dire que vous, vous travaillez, même si vous mourez, ce n’est pas leur problème. L’essentiel est que vous ameniez la matière première et que vous la vendiez. Il n’y a pas d’organisation ou une coopérative où les creuseurs s’organisent. Non. Si tu oses t’organiser autrement, l’Etat va t’arrêter. Il faut seulement donner ces minerais aux Chinois ». Ces minerais sont revendus ensuite « aux Chinois eux-mêmes, qui savent où ils amènent leurs minerais. Nous, on ne sait pas. On s’arrête seulement là où on les vend et on ne connaît pas la suite. Ce sont des intouchables. Tu ne peux pas toucher à un Chinois. Ils marchent avec la Garde présidentielle. Nous souffrons beaucoup ».

Protégés par la Garde républicaine

Qui sont ces Chinois, comme les appellent les creuseurs ? Pour qui travaillent-ils ? Si un site n’est pas exploité par une coopérative de mineurs artisanaux, cela signifie que c’est une entreprise minière qui en a la charge, et qu’un permis a été délivré par l’Etat.

Thierry Kambola est le chef d’antenne à Lubumbashi de l’ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Un processus qui implique à la fois l’Etat congolais, les entreprises et la société civile, avec l’engagement de rendre publics tous les contrats miniers du pays. « A ce jour, sur le site de Tokotens, il n’y a pas d’entreprise qui exploite ce site, indique-t-il. Nous n’avons aucune information sur une entreprise qui exerce sur ce site. [...] Lorsque les paiements significatifs sont payés à l’Etat, nous devons les divulguer. A ce jour, nous n’avons aucune information sur un paiement spécifique qui provient de ce permis ».

« Famille présidentielle »

Journalistes, société civile, acteurs de coopératives minières exclues des sites artisanaux : ils sont nombreux, à Kambové, à affirmer que c’est la « la famille présidentielle » qui tire les bénéfices de ces minerais. Sans apporter de nom, ni de preuve. Ils se fondent notamment sur le fait que c’est la Garde républicaine, théoriquement dévolue à la sécurité du président Joseph Kabila ou à certains sites stratégiques de la République, qui sécurise cette mine artisanale.

Un acteur du secteur des mines raconte : « Lorsque vous voyez la Garde présidentielle, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) dans les mines, c’est très inquiétant. On ne sait pas ce qu’ils font là-bas. Parce que la Garde républicaine est censée rester dans les résidences officielles ou bien dans les sites qui concernent la présidence de la République comme institution. Je ne vois pas pourquoi la Garde républicaine doit devoir se trouver dans une mine artisanale ».

Sollicités par RFI, le gouverneur du Haut-Katanga n’a pas souhaité accorder d’interview, et le directeur provincial du ministère des Mines n’y a pas été autorisé.

La RDC est le premier producteur mondial de cobalt, dont elle abrite plus de la moitié des réserves connues. Ce minerai entre dans la composition notamment des batteries des véhicules électriques et, sous l’impulsion d’une demande exponentielle, son cours a explosé de 127% en 2017.

RFI

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AHH MON PAYS, TU VAS OÙ? KABILA DETRUIT CE PAYS FRANCHENT. || 21/06/18 - 08:06:12
CABD