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Le Konzo en République Démocratique du Congo : situation à KAHEMBA dans la Province de KWANGO

Article

Le Konzo en République Démocratique du Congo : situation à  KAHEMBA dans la Province de KWANGO Contexte

Contexte

Le Konzo est une maladie neurologique qui est due à une intoxication nutritionnelle chronique au manioc amer mal detoxifié. Le Konzo attaque principalement les enfants de plus de trois ans et les femmes en âge de procréer. Il se manifeste cliniquement par une paraparésie ou quadriparésie spastique et les personnes atteintes présentent une marche spastique en ciseau ou une marche anormale à quatre pattes jusqu’au-delà de 18 mois.

Cette maladie a été découverte pour la première fois à KAHEMBA en 1938 par un médicine italien Trolli. Plus tard, les mêmes troubles ont été observés dans différentes parties de la province de BANDUNDU notamment dans la partie centrale en 1952 et au Nord de la province entre l’Hôpital de VANGA et celui de DJUMA en 1983, mais la cause n’était pas encore déterminée. C’est plus tard vers les années 1988, grâce aux études des chercheurs suédois et congolais que la cause toxico-nutritionnelle au manioc amer a été établie. Depuis lors, la province de BANDUNDU est devenue l’épicentre de la pathologie, et la zone de santé de KAHEMBA, la région la plus affectée par le Konzo.

Situation de KONZO dans la zone de santé de KAHEMBA

Une étude a été réalisée à la cité de KAHEMBA, du 15 juillet au 05 août 2016, chez les enfants de 11 à 59 mois nourris à base des produits de manioc amer mal détoxifié, dans 50 ménages. Les résultats obtenus ont montré que 21 enfants sur 50 de plus de 18 mois (42%) avaient une marche anormale dont 8 (16%) présentaient une marche à quatre pattes et 13 (26%) présentaient une marche spastique en ciseaux.

  • Facteurs favorisant le développement de Konzo à  KAHEMBA
  • Les facteurs favorisant le développement de Konzo dans la zone de santé de KAHEMBA sont : (i) l’alimentation quasi-exclusive et monotone à base des produits de manioc amer, (ii) le mode de traitement de manioc amer, (iii) la malnutrition, et (iv) la pauvreté.

    3.1. Alimentation précoce quasi-exclusive et monotone à base des produits de manioc amer

    Les résultats de notre enquête témoignent que les produits à base de manioc amer constituent l’aliment de base des enfants de ce milieu avec une fréquence de consommation de 7 jours par semaine. Quarante-trois (43) enfants (86%) sur 50 sont nourris exclusivement au manioc

    Konzo

    Il a été constaté que, contrairement à ce que prévoit l’OMS sur l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de vie, 44 enfants sur 50, soit 88% n’ont pas été nourris de façon exclusive au lait maternel. L’adjonction de l’alimentation complémentaire pour la grande majorité des enfants survient à l’âge de trois et quatre mois. Cette alimentation complémentaire est à base des produits de manioc amer.

    3.2. Mode de traitement de manioc dans la cité de KAHEMBA

    La consommation de manioc nécessite au préalable un traitement (rouissage) qui permet de réduire de façon significative la teneur en acide cyanhydrique. Le rouissage (pendant trois jours) est une opération importante qui permet la détoxification de manioc, il permet l’élimination de 89 à 90% des composés toxiques contenus dans le manioc. Chez le manioc, la teneur en acide cyanhydrique varie en fonction des clones, des conditions de culture notamment le climat (une sécheresse prolongée peut l’augmenter) et le sol (en sol pauvre, la teneur en HCN augmente). Lors de la plantation, l’inversion de la polarité de la bouture peut augmenter aussi la teneur en HCN. Les résultats de notre enquête ont montré que 54% de ménages réalisent le rouissage de manioc dans des bacs à domicile, 30% dans les étangs et/ou les cours d’eau et 16 % n’en connaissaient rien car le manioc qu’ils consomment car il l’achète au marché. Le temps de rouissage dépasse rarement 48 heures. Dans les bacs à domicile, le changement d’eau intervient après 4 ou 5 opérations de rouissage, ce qui augmente la teneur même de l’acide cyanhydrique dans l’eau.

    Konzo

    Cette façon de faire le rouissage à domicile et dont le renouvellement de l’eau se fait après plusieurs rouissages, donne à la fin de l’opération, un manioc très toxique, impropre à la consommation.

    3.3. Malnutrition

    La malnutrition est une réalité dans beaucoup de ménages de KAHEMBA. Notre étude a montré que sur les 100% d’enfants souffrant de Konzo, 90% présentent une dégradation nutritionnelle à des degrés divers. La malnutrition réduit la capacité de l’organisme à se detoxifier de l’acide cyanhydrique provenant de la consommation de manioc amer.

    3.4. Pauvreté des ménages

    L’activité principale de la population de la cité de KAHEMBA est l’agriculture, et le manioc constitue le principal produit agricole. La pauvreté des sols empêche les ménages à réaliser des cultures importantes comme le maïs, le riz, le bananier, etc. L’absence de la diversification des cultures en champ favorise la monotonie alimentaire à base de manioc amer qui est disponible même pour les ménages à très faible revenu. Ainsi, les familles pauvres c'est-à-dire ne vivant que de la production agricole (manioc) avaient un taux élevé d’enfants souffrant de Konzo.

  • Pistes de solution
  • Le Konzo étant une maladie « incurable », il est nécessaire de prendre des mesures préventives qui permettent son éradication car il ronge principalement la population jeune sur laquelle se fonde l’avenir de la République Démocratique du Congo. Il faut une approche multidisciplinaire faisant intervenir les agronomes, les médecins, les nutritionnistes, les sociologues, les Pharmaciens, etc. Parmi les pistes de solution, il y a : (i) la diversification alimentaire, (ii) le renforcement de l’éducation nutritionnelle des mères pour l’alimentation de complément pour nourrissons, (iii) la promotion de l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois, (iv) l’approvisionnement de la cité de KAHEMBA en eau potable en quantité suffisante.

    4.1. Diversification alimentaire

    En Afrique tropicale, le manioc a une grande popularité grâce à sa croissance vigoureuse, son rendement plus assuré et très élevé, sa résistance relative à la sécheresse, sa faculté de culture et de se conserver pendant longtemps au sol. Pour la cité de KAHEMBA, il est important d’étudier les possibilités de sensibiliser et de former les ménages agricoles sur la diversification des cultures, base de la diversification alimentaire en vue de réduire l’alimentation quasi-exclusive et monotone à base de manioc. Les cultures de mil et de sorgho sont d’ailleurs mieux adaptées à ces genres des conditions. L’introduction des pratiques agro écologiques comme l’agroforesterie, les cultures en couloirs, l’agriculture de conservation, l’agrosylvopastoralisme, permettra la réalisation d’autres cultures comme le maïs, le bananier, le haricot, le soja, etc. L’implication du pouvoir public, des chercheurs et des organisations de la société civile s’avère indispensable en vue d’apporter des solutions durables à la question de la diversification alimentaire.

    4.2. Renforcement de l'éducation nutritionnelle pour l'alimentation des nourrissons

    La valeur nutritive de manioc ne permet pas aux nourrissons d’avoir des nutriments nécessaires pour sa croissance, une alimentation pauvre en nutriments au cours de cette période de forte demande nutritionnelle, entraine des conséquences sur la santé du nourrisson. Une campagne de sensibilisation des mères sur l’éducation nutritionnelle des nourrissons constitue l’une des alternatives à l’éradication de Konzo dans la cité de KAHEMBA.

    4.3. Promotion de l'allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois

    Le lait maternel est un aliment de haute valeur nutritive car il est complet, équilibré, économique, spécifique et stérile. La promotion de l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois, réduit considérablement la morbi-mortalité infantile et les pathologies alimentaires.

    4.4. Approvisionnement de la cité de KAHEMBA en eau

    Il est vrai que le rouissage est parmi les facteurs favorisant le Konzo dans la cité de KAHEMBA. Les rivières sont très éloignées de la cité alors que les champs sont proches des habitations. La quantité d’eau disponible en pleine cité ne permet pas de couvrir en même temps les activités ménagères et le rouissage de manioc. C’est pourquoi les ménages réutilisent la même eau pendant plusieurs cycles de rouissage. La mise en place d’un système d’approvisionnement en eau viable dans la cité de KAHEMBA permettra aux ménages de respecter le temps et les cycles de rouissage de manioc.

  • Conclusion
  • Le Konzo est une maladie neurologique invalidante, entrainant des incapacités motrices surtout chez les populations jeunes sur lesquelles se fonde l’avenir de ce pays. Il a un impact négatif sur le devenir socio-économique du territoire de KAHEMBA en particulier et celui de la République Démocratique du Congo en général. Sa persistance et sa recrudescence dans la cité de KAHEMBA en particulier et en en République Démocratique du Congo, nécessitent une approche multidisciplinaire afin de permettre une éradication définitive de cette calamité.

    Par Dr Elysée KISIOKO KATUNDA

    Article publié le: 25 Juillet 2017 13:43

    Tél : (+243) 821809343
    E-mail : elysekisioko@gmail.com
    Recherche réalisée dans le cadre de travail de fin d'études en médecine, Université de Kikwit ; octobre 2016.

    Vous pouvez télécharger le programme ici :

    Le Konzo en République Démocratique du Congo : situation à KAHEMBA dans la Province de KWANGO

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    Commentaires

    Jacson
    Merci beaoucoup || 30/09/17 - 07:09:31
    CABD