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Le programme ‘’cinq chantiers de la république’’ : bilan et leçons tirées

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Introduction

Le programme de développement du gouvernement de la République Démocratique du Congo issu des élections générales de 2006 était basé sur les cinq chantiers de la république : les infrastructures (routes, rails, ponts), la création d’emplois (qui passe par les investissements), l’éducation (écoles et universités), l’eau et l’électricité, et enfin, la santé.

Sur le plan de financement du programme, le gouvernement congolais comptait sur les performances de l’économie nationale. Il était question de diversifier l’économie du pays sans trop compter sur le cuivre et le diamant. Il est important de rappeler que le marché du diamant n’est plus économiquement viable. Hier, le carat du diamant se vendait à 150 à 200 USD, aujourd’hui c’est près de 15 USD. C’est plus tard que le gouvernement avait pris l’initiative de signer un contrat avec un consortium d’entreprises chinoises pour la matérialisation de ce vaste programme. Erreur !

Lors de son lancement avec trompettes et tambours, il s’agissait d’un nouvel élan dans la mise en place d’infrastructures nécessaires au développement socioéconomique du pays. Certains membres du gouvernement avaient qualifié le partenariat avec la Chine de « contrat modèle », car la RDC n’avait jamais bénéficié un tel financement depuis l’indépendance, et qui va permettre la reconfiguration, l’implantation et la restauration des infrastructures de base, assurant ainsi la relance des activités agricoles, minières, industrielles et la mobilité des biens et des personnes.

Le site internet officiel des 5 chantiers accessible à l'adresse : www.cinqchantiers-rdc.com avait été ainsi crée. Ce support devrait répondre au besoin de communication de la communauté nationale sur les 5 chantiers de la république. Les calicots, les banderoles, les affiches, les photos, les spots publicitaires ont été aussi mobilisés pour assurer la communication en rapport avec les cinq chantiers. Tout ça c’est pour quel résultat ?

Les courtisans, les agents propagandistes et publicitaires, les flatteurs, les opportunistes politiques ainsi que les charognards de tout bord ont trouvé de l’occasion pour se taper une santé financière dans ce pays où la source d’enrichissement n’intéresse ni les organes de contrôle moins encore la justice ; ainsi va la république.

Avant la mise en œuvre de ce programme, des critiques virulentes venant des organisations nationales et internationales (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, etc.), des pays partenaires, etc. ont été formulées en l’endroit de ce contrat. Certains ont même qualifié ce contrat de troc, c’est-à-dire, une pratique économique qui consiste à échanger des biens sans tenir compte de leurs valeurs respectives.

Les sociétés occidentales affirmaient qu’avec les contrats chinois, la RDC s’exposait aux risques de surendettement et d’un grand déséquilibre macro-économique. La réponse du gouvernement congolais n’a pas tardé : « il ne s’agit pas d’un prêt et mais d’un troc ». Les Chinois apportent de l’argent frais. Et, surtout, ils font ce qu’ils disent et se paient en minerais qui dorment dans notre sous-sol. Question : est-il possible de construire un pays sur base de troc au 21ème siècle ?

Toujours en rapport avec le contrat chinois, les Occidentaux accusaient les Chinois d’agir sans transparence, sans concertation avec d’autres partenaires et dans l’ignorance des règles qui régissent les rapports économiques internationaux, d’ignorer les conditionnalités de bonne gouvernance et de respect des droits de l’homme, etc. Le contrat chinois n’apportera pratiquement rien à l’Etat et aux populations congolaises. Questions : les différents contrats et programmes de développement mis en place par les occidentaux ont apporté quel progrès en RDC ? Quelle leçon l’occident pourra-t-il donner aux Chinois en matière des droits de l’homme et de bonne gouvernance en Afrique ?

C’est ici le lieu de rappeler que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International à travers leurs fameux programmes de développement en faveur de la RDC, ont beaucoup contribué à la débâcle de la République Démocratique du Congo. Les programmes d’ajustement structurel imposés aux pays africains en général et à la RDC en particulier, avaient permis de détruire les tissus économique, social et environnemental du Congo. Les séquelles de cette politique sont là et les bases du développement du pays ont été complètement sabordées.

Bilan du programme ‘’cinq chantiers’’

Selon le gouvernement congolais, le Congo serait la Chine de demain et devrait suivre l’exemple des pays asiatiques que l’on appelle les ‘Dragons’, et allais surprendre, car il se redressera beaucoup plus vite que prévu.

En effet, le contrat Chinois a été signé en 2008 et prévoyait la construction en RDC par la Chine de plus de 2400 km de routes, 2000 km de chemins de fer, 32 hôpitaux, 145 dispensaires, 2 Universités modernes, etc. Le coût total était de 9 milliards de dollars pour lequel la RCD, devait fournir près de 10 millions de tonnes de cuivre et 600 milles tonnes de cobalt. Dix ans après, quel est le bilan de ce vaste programme ? Combien de km de routes, de ponts, rails, écoles et hôpitaux ont été construits dans le cadre de ce programme ?

Le cuivre et le cobalt ont été exploités et envoyés en Chine, où sont donc les chemins de fer, les dispensaires, les hôpitaux, les universités modernes…? Dans certaines écoles publiques comme privées, les élèves s’assoient à même le sol et sous la belle étoile. L’eau et l’électricité sont restées les bêtes noires des Congolais. La construction des barrages de Katende et de Kakobolola est une chanson de tous les jours.

Pour être honnête sur le plan scientifique, reconnaissons que quelques ponts ont été jetés, certaines routes réhabilitées, des écoles construites, des hôpitaux et universités réhabilités, etc. Mais il faut avouer que plus de 95% des activités prévues dans le cadre du programme cinq chantiers de la république n’ont pas été réalisées. Il est difficile aujourd’hui de dire avec exactitude le nombre de kilomètres de routes construits et réhabilités, le nombre d’écoles et d’hôpitaux construits, etc. Bref, ce programme a laissé les Congolais dans un flou artistique.

Leçons tirées

Le principal enseignement qui se dégage des résultats du programme cinq chantiers de la république est que la faillite de la justice est à l’origine de l’échec de ce programme et de la société congolaise toute entière.

La justice constitue partout à travers le monde une valeur humaine fondamentale qui règlemente tout. Il s’avère qu’en RDC, l’univers de la justice connaît une situation de crise généralisée. Celle-ci explique les raisons de la faillite de tous les programmes de développement mis en œuvre.

Les rapports des organisations nationales et internationales de lutte contre la corruption classe la RDC parmi les pays où la corruption est très élevée, le pillage des biens de l’Etat est un sport national, les contrats miniers sont signés dans des conditions opaques, l’Etat est spolié par ceux qui sont chargés d’en assurer la protection. Il est impossible dans ces conditions, qu’un programme de développement puisse donner des résultats satisfaisants.

Malgré un arsenal important de lois mis en place, il est connu qu’en RDC, entre les lois et leur application, s’interposent de nombreux magistrats corrompus, des avocats véreux et des politiciens inconscients et malhonnêtes. Seule une justice véritable est capable de veiller à l’exécution responsable des programmes de développement, d’impulser l’économie et le bien-être de la population.

Causes de l’échec du programme cinq chantiers

Les facteurs responsables de l’échec du programme cinq chantiers de la république et des autres programmes de développement mis en place par le gouvernement congolais sont : les partenaires internationaux et les autorités congolaises. Les partenaires du Congo ont toujours sous-estimé la complexité de la culture politique de la RDC et les autorités congolaises ont toujours entravé les réformes nécessaires au développement socioéconomique du pays.

La RDC constitue pour beaucoup de partenaires internationaux un laboratoire pour l’expérimentation de toute une série de recettes de construction de l’État. Ainsi, malgré les financements internationaux considérables, le talent des experts internationaux, et même la volonté artificielle des responsables politiques congolais d’embrasser le changement, les preuves tangibles de succès dans la reconstruction du pays sont relativement peu perceptibles.

La dépendance du Congo à l’égard de l’aide extérieure est une contrainte majeure au développement socioéconomique de ce pays. Des milliards de dollars offerts à la RDC depuis l’indépendance, n’ont pas réussi à générer des effets positifs durables en matière de développement, en raison surtout du contexte politique caractérisé par la corruption généralisée et l’inconscience de l’élite politique.

L’ambitieux programme de développement les cinq chantiers avait suscité de nombreuses attentes auprès de la population. Celle-ci le voit à présent comme un slogan politique et non comme un programme de développement. Les Congolais ordinaires considèrent l’absence de progrès dans la réalisation des programmes de développement comme une stratégie politique délibérée visant à assurer la pérennité au pouvoir des hommes politiques au détriment des priorités sociales et économiques.

Si beaucoup de programmes de développement sont pertinents au niveau théorique, leur bonne mise en œuvre ne s’est cependant pas matérialisée, en grande partie en raison de l’absence de volonté politique et aussi de structures administratives viables.

Conclusion

L’échec du programme les cinq chantiers de la république et des autres programmes de développement est une responsabilité partagée. Les partenaires de la RDC mettent en place des stratégies fragmentées et contradictoires, avec des moyens financiers insuffisants et sans bien comprendre le contexte politique et culturel de la RDC.

Les autorités congolaises ont toujours hésité de mettre en œuvre des réformes nécessaires au développement craignant qu’elles menacent leurs positions de pouvoir. Tout contrat suppose, en effet, l’existence des obligations de part et d’autre. La question que chacun peut se poser est de savoir : la partie congolaise avait-elle honoré ses engagements à l’égard de la partie chinoise ?

On ne pourrait s’empêcher de relever la situation catastrophique qui règne dans le volet «Infrastructures» en RDC : il y a l’absence de transparence dans l’attribution des marchés, pas de lancement d’appel d’offres en général, etc.

La jeunesse de la République Démocratique du Congo doit comprendre une seule chose : ni les Occidentaux, ni les Chinois, aucun de ces partenaires ne peut se soucier du développement de la RDC plus que les Congolais eux-mêmes. Un peuple qui ne compte que sur les autres pour son approvisionnement en eau et en électricité, pour la construction des infrastructures de base, pour l’éducation de ses enfants, etc., ne verra jamais le bonheur et restera un mendiant éternel.

Références bibliographiques

Trefon T., 2010. Les obstacles administratifs à la réforme en République démocratique du Congo. Revue Internationale des Sciences Administratives, Vol. 76, p. 735 – 755.

Convention de collaboration entre la RDC et le groupement d’entreprises chinoises : China Railways Group Limited, Sinohydro Corporation, relative au développement d’un projet minier et d’infrastructures en RDC, 2008.

La Rédaction, le 20 décembre 2017

Vous pouvez télécharger le programme ici :

Le programme ‘’cinq chantiers de la république’’ : bilan et leçons tirées

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CABD