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RDC : protection des aires protégées, le Parc national de Kahuzi-Biega en péril

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Vaste étendue de forêt tropicale primaire, le parc est dominé par deux volcans éteints spectaculaires, le Kahuzi et le Biega. Il est peuplé d'une faune abondante et variée. Situé entre 2 100 et 2 400 m d'altitude, il y vit l'une des dernières populations de gorilles des plaines de l'est (graueri), qui compte environ 250 individus seulement.

Valeur universelle exceptionnelle

Situé à cheval sur le Rift Albertin et le Bassin du Congo, le Parc national de Kahuzi-Biega est un habitat exceptionnel pour la protection de la forêt tropicale humide et des gorilles des plaines de l’Est, Gorilla berengei graueri. Couvrant 600 000 ha, on y trouve des forêts denses humides tropicales de basse altitude ainsi que des forêts afro-montagnardes mélangées avec des forêts de bambou et quelques petites superficies de prairies subalpines et de bruyères sur les monts Kahuzi (3 308 m) et Biega (2 790 m).

Le parc abrite une flore et une faune d’une diversité exceptionnelle qui en font un des sites les plus importants de la vallée du Rift Albertin, elle-même une des régions écologiquement les plus riches d’Afrique et au niveau global. En particulier, la plus importante population du monde de gorilles de plaines de l’Est (ou de Grauer), sous-espèce endémique de République démocratique du Congo (RDC) et classée dans la catégorie En danger sur la Liste rouge de l’UICN, utilise la mosaïque des habitats qui se trouvent dans le bien.

Le Parc national de Kahuzi-Biega abrite plus d’espèces de mammifères que tout autre site du Rift Albertin. Il est le deuxième site le plus important de la région aussi bien pour les espèces endémiques qu’en termes de richesse spécifique. Le parc compte 136 espèces de mammifères, parmi lesquelles le gorille de plaine de l’Est qui est la vedette et 13 autres primates comprenant des espèces menacées comme le chimpanzé, le colobe bai, et les cercopithèques de l'Hoest et d'Hamlyn. D’autres espèces extrêmement rares des forêts de l’est de la RDC y sont aussi présentes telles que la genette géante (Genetta victoriae) et la genette aquatique (Genetta piscivora). Des mammifères caractéristiques des forêts d’Afrique centrale vivent aussi dans le parc comme l’éléphant de forêt, le buffle de forêt, l’hylochère et le bongo.

Le bien est situé dans une importante zone d’endémisme (Endemic Bird Area) pour les oiseaux identifiés par BirdLife International. La Wildlife Conservation Society a dressé une liste complète d'oiseaux pour le parc en 2003 avec 349 espèces dont 42 endémiques. De même, le parc a été également reconnu comme un Centre de diversité pour les plantes par l’UICN et le WWF en 1994 avec au moins 1 178 espèces répertoriées dans la zone de haute altitude, la partie basse restant encore à inventorier. Le parc est un des rares sites d’Afrique subsaharienne où la transition floristique et faunique de basse à haute altitude est observable. Il comprend en effet tous les stades de végétation forestière allant de 600 m à plus de 2 600 m, des forêts denses humides de basse et moyenne altitudes aux forêts submontagnardes jusqu’aux forêts montagnardes et de bambou. Au-dessus de 2 600 m jusqu’au sommet des monts Kahuzi et Biega, s’est développée une végétation subalpine à bruyères, hébergeant la plante endémique Senecio kahuzicus. Le parc abrite aussi des formations végétales globalement peu répandues comme les marais et les tourbières d’altitude et les forêts marécageuses et ripicoles sur sols hydromorphes à toutes altitudes.

Intégrité

Les forêts du bien sont caractérisées par une continuité de la végétation du sommet des montagnes aux régions de basse altitude. Un couloir relie une zone de haute altitude de 60 000 ha à un secteur de basse altitude de 540 000 ha. La superficie du bien est considérée comme suffisante pour maintenir sa faune. Le maintien de la continuité de la végétation est primordial pour éviter la fragmentation des populations animales, en particulier des grands mammifères.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le bien est protégé par un statut de parc national et géré par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Il dispose d’une infrastructure de gestion et de surveillance. Un plan de gestion doit être finalisé et approuvé.

Bien que la plus grande partie du bien soit inhabitée, quelques villages ont été inclus dans le parc lors de son extension en 1975, créant des litiges avec les populations. Ces problèmes doivent être résolus afin de renforcer l’efficacité des actions de conservation.

Les limites du bien devraient aussi être matérialisées, surtout là où elles ne sont pas constituées par des limites naturelles. Ceci est particulièrement important tant en basse altitude qu’au niveau du couloir névralgique reliant les parties haute et basse du parc.

Le secteur de haute altitude est traversé par une route nationale à faible trafic. La maîtrise de l’intensité de ce trafic est importante afin d’éviter un impact sur les populations d’espèces menacées dans ce secteur, notamment celles des gorilles.

Au moment de l’inscription du bien en 1980, des défis avaient été souligné, y compris les problèmes économiques qui ont entraîné une grave diminution de l’efficacité de la gestion et de la protection nécessaires pour garantir la survie des espèces du parc et la continuité de ses écosystèmes. Il avait également été noté qu’en raison de problèmes logistiques, d’importantes parties du parc n’ont été que rarement voire même jamais visitées par le personnel en sous-effectif de gardes, et le braconnage a augmenté.

L’instabilité politique dans la région, en provoquant le déplacement de milliers de personnes, représente une menace très sérieuse pour l’intégrité du bien et les populations de grands mammifères du parc ont décliné de façon dramatique. Le parc ne disposant pas de zone tampon, s’assurer la coopération des populations riveraines pour la conservation du bien est l’une des tâches principales de gestion, en particulier dans les zones à forte densité humaine.

Un autre enjeu clé de la gestion est celui du contrôle du braconnage et de l’exploitation minière artisanale dans les anciens sites d’extraction. La chasse de gibier pour la viande de brousse ainsi que la conversion des habitats y sont considérées comme des conséquences de la présence de nombreux mineurs dans le parc. Les ressources financières et humaines étant insuffisantes, il devient impératif d’obtenir des moyens supplémentaires afin de renforcer l’efficacité de gestion, y compris idéalement par la création d’un « Trust Fund ».

UNESCO

Vous pouvez télécharger le programme ici :

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