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Le syllabus, le fascicule, le sexe, l’argent : des tares qui rongent les Universités et Instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo

Article

Depuis un certain temps, des expressions très humiliantes ont pris corps dans le monde de l’enseignement supérieur et universitaire de la RDC : « les points sexuellement transmissibles, le code syllabus, les points politiquement transmissibles, le branchement, etc. ». Ces pratiques ont non seulement terni l’image de l’enseignement supérieur et universitaire, mais aussi la qualité de l’élite formée.

Il est important de préciser que le syllabus est un outil qui accompagne le cours de l’enseignant, il doit être mis à la disposition des apprenants sans aucune condition. Mais il s’avère que certains Professeurs, Chefs de travaux et Assistants utilisent le syllabus possédant un code (numéro) comme un instrument obligatoire pour la réussite des apprenants. Il n’est pas rare de constater lors des délibérations que beaucoup d’étudiants manquent de cotes faute de n’avoir pas acheté le syllabus. Quelle honte pour l’université ? C’est pourquoi, vous constaterez que certains enseignants construisent des maisons, achètent des voitures et d’autres matériels après avoir rançonné les étudiants en leur imposant l’achat du syllabus. Aucun établissement de l’enseignement supérieur de la RDC ne fait exception à cette pratique. L’assistance au cours et travaux pratiques n’est plus une condition pour la réussite de l’étudiant mais bien l’achat du syllabus.

La pratique des points sexuellement transmissibles prend de plus en plus de l’ampleur dans les universités et instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo. Quelques Professeurs, Chefs de travaux et Assistants utilisent leur position d’enseignant pour conditionner la réussite des filles aux rapports sexuels. En réaction à ce comportement indigne, certaines étudiantes ont carrément mis en place des réseaux de séduction des enseignants pour garantir leur réussite. En d’autres termes, certaines étudiantes se mettent en groupe de 3 ou 4 et prennent en otage 3 ou 4 Professeurs comme amants, et ces derniers ont comme mission principale, d’aller plaider la cause de ces étudiantes auprès de leurs collègues. Connaissant la solidarité qui existe entre les enseignants, la réussite de ces étudiantes pourtant moins performantes sur le plan académique est assurée. Lorsque dans une société, la médiocrité atteint de telles proportions, il est impossible de s’attendre au progrès.

Un concept assez complexe est de plus en plus en vogue dans les universités et instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo : le branchement. Il s’agit bien entendu d’un réseau mis en place par l’enseignant lui-même ou ses collaborateurs pour percevoir de l’argent auprès des étudiants après avoir organisé une interrogation ou un examen. Quel déshonneur pour l’enseignement supérieur et universitaire de la RDC ? Lorsqu’un Professeur d’université se permet de rançonner les étudiants en mettant en place des réseaux mafieux pour faciliter la réussite des étudiants médiocres et écraser les meilleurs, il y a lieu dans ces conditions de s’interroger sur l’avenir du pays. Mais dans un pays où règnent l’impunité, le trafic d’influence, la corruption et des choses de ce genre, il est moins certain que de telles pratiques soient sévèrement châtiées.

Il y a une expression nouvelle dans le monde universitaire de la RDC : « les points politiquement transmissibles », expression mis sur la place publique par le média d’informations Congo indépendant. Il s’agit d’une pratique honteuse où les hommes politiques passent des promotions sans assister à certains cours, interrogations, travaux pratiques et examens. Des notions élémentaires de leur domaine de formation ne sont même pas comprises et maitrisées ; les preuves sont multiples. Comment expliquez-vous chers enseignants, qu’un étudiant soit-il Ministre, Député ou Gouverneur, puisse réussir dans une matière où il n’a fait ni interrogation, ni examen ? Certaines universités sont allées très loin en octroyant dans des conditions académiquement obscures, des diplômes de Docteur honoris causa à des personnalités politiques pour des raisons multiples : obtenir des postes en retour ou carrément à coup de billets verts.

En dépit de la pauvreté qui caractérise l’ensemble du peuple congolais, il est moralement inconcevable qu’un enseignant puisse donner des points gratuitement à un apprenant parce que ce dernier est un homme politique. Quel pays allons-nous léguer aux générations futures ? Des gens qui ont obtenu du pays : des études gratuites, des vêtements, des maisons et bien d’autres avantages sont devenus des bourreaux de la république en général et de la jeunesse en particulier.

Conséquences de ces pratiques et pistes de solutions

Il convient de préciser que l’inconscience qui continue de gangrener la société universitaire de la République Démocratique du Congo détruira pour des années, les bases du développement de notre pays. L’université est le miroir de la société, lorsqu’elle reste plongée dans des tares, elle hypothèque l’avenir du pays parce qu’elle produit une élite corrompue et incapable d’acquérir des valeurs morales nécessaires au développement du pays. Lorsque l’université délivre des diplômes fantaisistes aux personnes non qualifiées, des distinctions aux étudiants n’ayant assisté en aucun cours pour des raisons de syllabus, de sexe, d’argent ou de position politique, elle se transforme sans autre forme de procès, à un établissement toxique et très dangereux pas seulement pour le pays mais pour l’humanité. Que peut-on attendre d’une personne ayant obtenu le diplôme sans en avoir les compétences nécessaires ?

Les Recteurs, les Directeurs généraux, les Doyens des facultés, les Chefs des départements/sections, les Aumôniers universitaires, etc. sont invités, chacun en ce qui le concerne, à prendre des dispositions nécessaires pour éradiquer ces pratiques. C’est ici aussi le lieu d’interpeller l’ensemble de l’élite, s’il en existe encore, à la responsabilité pour éviter le pire à notre société.

L’expérience a montré que l’apprenant copie à plus de 75% le comportement de ses enseignants. « Tel père tel fils et telle mère telle fille ». Qu’elle élite peut former une université composée en partie des enseignants corrompus et sans valeur morale ? La réponse est claire, elle ne formera que des corrompus, des tricheurs, des charognards, des criminels, etc.

Conclusion

Il est vrai que plusieurs diplômes ont été distribués gratuitement et peut être à coup de dollars aux personnes ne possédant aucune compétence en la matière. L’université a perdu son prestige et son honneur, et est devenue la cible de moquerie même des analphabètes. L’université est le centre de rayonnement de la société, elle doit fournir les efforts nécessaires pour redorer le blason terni.

Le syllabus, le fascicule, le sexe, l’argent, la position politique de l’apprenant, etc. ne doivent pas être des conditions pour la réussite des apprenants. Si nous ne changeons pas de paradigme, la RDC aura beaucoup diplômés mais incapables d’amorcer une action de développement. Dans notre article : la responsabilité de l’élite dans la débâcle de la RDC, il a été démontré que le développement d’un pays n’est pas forcément lié aux ressources naturelle qu’il regorge, mais bien par la qualité de ses élites. D’où l’intérêt pour l’université congolaise de former une élite de qualité débarrassée des tares pour le développement de notre pays.

Fait à Kinshasa, le 02 novembre 2017

La Rédaction

Références bibliographiques

Congo Indépendant, 2017. Enseignement Universitaire : l’UPC sape son prestige. Article publié le 29 octobre 2017.

Vous pouvez télécharger le programme ici :

Le syllabus, le fascicule, le sexe, l’argent : des tares qui rongent les Universités et Instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo

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Commentaires

lr serge mumvemba
si la pauvreté est la mère de crime,le défaut en esprit en est le père. en effet beaucoup se retrouve à l'Université comme professeur,CT ou ass par coterie. on favorise les têtes bien pleine conséquence, on se retrouve dans une république bananier. || 16/11/17 - 10:11:44
Driscains mabungu
ce un de probleme qui fait que,qui'il est une incapacité ou l'incompentance aux finalistes. || 15/11/17 - 03:11:41
Valère IBALANSAMBA
Bien dit. || 10/11/17 - 01:11:43
Rédaction
Julie, merci pour vos observations. || 04/11/17 - 01:11:15
Julie Mbunda
Tout est incompris en RD Cong . le point devrait être l'évaluation des connaissances acquises, mais chez nous déjà ce n'est plus le cas. vous avez parlé de l'argent , le sexe ... mais pas du phénomène recommandation par exemple l'enfant d'un professeur ne doit pas échoué. || 04/11/17 - 07:11:19
Cedrick Kibamba
C'est difficile pour ce pays de pouvoir émerger avec le même système || 04/11/17 - 07:11:05
jack
merci a eadev pour cet article qui va dans le sels de la protection de la jeunesse. que le seigneur vous bénisse || 02/11/17 - 07:11:16
Yves nkangu
les gens qui ont obtenu du pays: des études gratuites , vêtements et bien d'autres avantages sont devenus de bourreaux de la république en générale et de la jeunesse en particulier. j'ai beau aimé la partie de cet article du faite que la "jeunesse" est prise en importance( en particulier). c'est très capitale de le savoir qui vont prendre la relève de demain , n'est ce pas que les jeunes? et si cette jeunesse est détruite par la corruption; Comment est-ce qu'on va espérer au développement du pays ? ces gens qui ont été aidés par le pays hier, aujourd' hui contribuent à la destruction du même pays. quelle ingratitude? vous professeurs qui savent encore le rôle que va jouer la jeunesse bien instruite continuer de nous encadrer durement pour que cette dernière vous remplace valablement. en lisant cet article , Je suis très enthousiaste de savoir qu'il y a encore les gens qui pensent à l'encadrement des jeunes. bon courage chers éminents professeurs conscients . || 02/11/17 - 08:11:12
CABD