EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

La pêche à l’aide de l’insecticide de synthèse Thiodan sur la rivière Inkisi et ses affluents inquiète les scientifiques de la région

Article

Dans la ville de Kisantu (Kongo central), la pratique liée à la pêche à l’aide d’Endosulfan (Thiodan) dans les affluents de la rivière Inkisi par la population riveraine inquiète énormément les scientifiques de la place

La protection et la conservation des écosystèmes (forêts, savane, sol, eau, etc.) est un domaine très capital aujourd’hui dans le sens que tous les pays du monde ont pris conscience de la nécessité d’assurer le bien-être des générations actuelles et futures en préservant ces ressources. Entrés en vigueur en 2016, les Objectifs du Développement Durable (ODD), également nommés Objectifs mondiaux, sont un appel mondial à agir pour éradiquer la pauvreté, protéger l’environnement et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité.

Ces Objectifs s’appuient sur les succès des Objectifs du Millénaire pour le développement, tout en y intégrant de nouvelles préoccupations telles que le changement climatique, la paix et la justice, etc. Ces objectifs sont étroitement liés les uns aux autres, le succès de l’un dépendant souvent de la résolution des problématiques généralement associées à un autre objectif. Le quatorzième objectif du développement durable consiste donc à assurer la vie aquatique, notamment toutes les espèces tant animales que végétales dont leur biotope est l’eau. En dépit de cette interpellation mondiale, certaines ressources naturelles sont encore exploitées de façon non durable écologiquement par les populations qui en dépendent.

La ville de Kisantu est située à 120 kilomètres au Sud de la ville de Kinshasa (la capitale de la République Démocratique du Congo). Elle est comptée parmi les régions les plus visitées de la province du Kongo central grâce au Jardin botanique de Kisantu, au site touristique de Mbuela Lodga, à l’Hôpital saint Luc et à la Rivière Inkisi. Cette dernière prend sa source en Angola et se jette dans le fleuve Congo en République démocratique du Congo. Sa longueur est d’environ 555 km. La rivière Inkisi est riche en poissons non exploités rationnellement (selon les études menées par le Professeur Soleil WAMUINI de l’ISP/Mbanza-Ngungu). Partant de l’Angola jusqu’en République démocratique du Congo, cette rivière riche en poissons compte au moins 21 affluents dont cinq (5) en Angola et les restes en RDC. Cependant, les affluents comme Nwa, Ngeba, Mwala, Mfidi et Ngufu sont localisés à quelques kilomètres de la ville d’Inkisi et sont sujets d’une pêche traditionnelle par l’utilisation de l’insecticide Thiodan par les populations riveraines.

Ce système de pêche consiste à délimiter une distance de près de 200 m de longueur de la rivière (affluent) avec une équipe de 20 personnes au moins. L’insecticide est appliqué en amont de cette distance sur laquelle dans chaque 10 m, est placé une personne pour surveiller les poisons intoxiqués puis les mettre dans le bassin. La période idéale de cette pratique dans la région se situe à la grande saison sèche (entre le mois de septembre et d’octobre), c’est-à-dire le moment où le niveau d’eau des affluents a sensiblement diminué. Le produit utilisé est acheté dans les officines de vente des produits phytosanitaires à 70 000 FC le litre. Il convient également de noter qu’au cours d’une journée, plus de trois groupes peuvent opérés sur la même rivière. Toutefois, dès que la population riveraine est informée, c’est tout le monde qui s’y dirige pour la récolte des poisons empoisonnés par cet insecticide.

Il arrive très souvent qu’après l’application du produit, que l’on perçoive quelques poisons déjà en décomposition le long des affluents, voir même jusqu’à la rivière Inkisi. Des poissons déjà en décomposition ne peuvent pas être vendus sur les marchés, ce sont les ménages qui les consomment, et on les appelle Kibowares. Quelles sont alors les conséquences sur le plan environnemental et sanitaire de cette pratique dans la région? Il convient de noter que les villages qui sont traversés par ces affluents s’approvisionnent en eau surtout pendant la saison sèche de ces affluents.

L’endosulfan est un insecticide qui appartient à la famille chimique des organochlorés. Il est utilisé pour contrôler une large variété d’insectes suceurs et masticateurs, comprenant les aphides, les thrips, les coléoptères, les chenilles des limbes, les mites, les charançons, les vers gris, les vers de la capsule, les punaises, les aleurodes des serres, les cicadelles et les mouches tsé-tsé et autres invertébrés tels que les limaces dans les rizières et les vers de terre dans le gazon. Il est utilisé sur les cultures, sur les animaux de ferme et les animaux domestiques. Il est largement considéré comme un polluant organique persistant (POP). Il est volatile et peut être transporté dans l’atmosphère sur de longues distances ; c’est la raison pour laquelle il contamine les environnements éloignés du lieu de son utilisation. Il est stocké dans les tissus adipeux des animaux et des humains et contamine la chaîne alimentaire. Cependant, il reste de savoir si les Kibowares (poissons empoisonnés par le Thiodan) consommés par cette population n’ont pas d’effets négatifs sur leur santé des consommateurs !

Il est vrai que cette pratique a des inconvénients irréversibles sur la santé humaine et l’environnement. Si l’application de l’Endosulfan en agriculture pose problème et son utilisation est interdite dans plusieurs pays, à fortiori son utilisation dans la pêche. Il est donc urgent de sensibiliser la population riveraine sur les pratiques de pêche durable. Pour l’exploitation écologique de la rivière Inkisi et de ses affluents, les études approfondies sur la richesse en ressources halieutiques s’avèrent indispensables. Peu d’études ont été menées sur la rivière Inkisi et ses affluents.

Les connaissances plus étendues et approfondies de cet écosystème, peuvent révéler de nouvelles opportunités notamment dans le domaine de l’alimentation tout en renforçant la sécurité alimentaire dans la région. La pêche sur la rivière Inikisi et ses affluents à l’aide des produits chimiques dangereux comme le Thiodan, menace la biodiversité et met en péril la santé des consommateurs. Il appartient au pouvoir public et aux organisations de la société civile de prendre des mesures nécessaires pour que cette pratique prenne fin et que cet écosystème soit exploité de façon durable.

Par Ir. Yves NKANGU (+243826568615), nkanguyves@gmail.com

Vous pouvez télécharger le programme ici :

La pêche à l’aide de l’insecticide de synthèse Thiodan sur la rivière Inkisi et ses affluents inquiète les scientifiques de la région

Commenter

Chers lecteurs, les commentaires déposés n'engagent nullement eadev-agro-congo.com. Néanmoins, pour conserver un espace instructif et informatif, eadev-agro-congo.com se réserve le droit de supprimer tout commentaire indésirable ou contraire aux valeurs morales

Commentaires

CABD