EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

Lettre ouverte à l’élite politique congolaise

Article

Objet : Où va la République Démocratique du Congo ? Pays ‘’émergent ‘’ou moribond ?

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Développement de la RDC, une association des universitaires congolais œuvrant au sein de l’ONG ASBL CABD (Centre d’Assistance des Communautés de Base pour le Développement Durable) dont la mission principale est de sensibiliser l’ensemble des acteurs de la société congolaise sur leurs discours, projets et programmes en faveur du bien-être commun. Le GRAD-RDC n’est ni un groupe de pression, ni un syndicat, moins encore une organisation politique. Nous sommes une Structure du CABD dont la vision s’articule autour des actions visant à responsabiliser chacun de nous quant à l’avenir du Congo.

Mesdames et Messieurs, si nous avons pris l’initiative de vous écrire, c’est parce que le GRAD-RDC estime que le Congo, notre patrimoine commun, se trouve à la croisée des chemins. A l’accession de notre pays à l’indépendance, le Congo ne comptait qu’un seul universitaire. Actuellement, la RDC compte un nombre important d’universitaires : près de 3000 docteurs à thèse, des milliers de licenciés, gradués, etc. Mais l’état défaillant dans lequel se trouve la RDC, en dépit de ses nombreuses ressources naturelles, étonne le monde entier. La RDC ressemble à un immense trou noir, un véritable Etat squelette et une république des inconscients dans la gouvernance africaine en particulier et mondiale en général.

De la responsabilité de l’élite politique dans la débâcle socio-économique du pays

Mesdames et Messieurs, votre responsabilité dans la débâcle socio-économique de notre pays ne peut faire l’objet d’une longue démonstration. Comme vous le savez, l'élite est l'ensemble des individus considérés comme les meilleurs, les plus dignes, les plus remarquables par leur qualité. L’élite politique par exemple est composée d’hommes et de femmes qui occupent des postes importants dans les institutions de la société et qui prennent des décisions pour le bien-être de tous ; cette élite existe-t-elle en RDC ?

La RDC est aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres du monde (la république des pauvres) et les moins compétitifs politiquement et économiquement, caractérisés par la mauvaise gouvernance, le pillage des ressources naturelles, le recul démocratique, etc. En conséquence, l’économie y est très délabrée, l’environnement dégradé et la dignité humaine foulée aux pieds. Cette situation a entrainé l’émergence de deux classes sociales diamétralement opposées - les nouveaux princes (moins de 5 % de la population active : Hommes politiques et autres) et les indigents (plus de 95 % de la population) - pas de classe moyenne, celle-ci étant directement remplacée par des flatteurs, des courtisans et des vendeurs d’illusion à la recherche du gâteau.

Mesdames et Messieurs, il n’est pas rare d’entendre que des tonnes de minerais, de bois, de produits agricoles et bien d’autres ressources de la République Démocratique du Congo ont franchi les frontières nationales sans que les taxes ne soient payées et, ce, avec la complicité des élites politique, intellectuelle ou militaire. Mêmes si certaines taxes sont perçues, elles atteignent rarement les caisses de l’Etat dans ce pays où le détournement n’est condamné par personne. Toutes les dénonciations des détournements des patrimoines et biens de l’Etat, des ressources financières et autres, ne font pas l’objet de poursuites judiciaires, mêmes si ces dénonciations viennent de ceux qui sont au pouvoir. Un véritable troc des ressources naturelles se porte bien dans cet Etat squelette d’Afrique centrale, plongeant ainsi des millions d’enfants, de femmes et bien d’autres personnes vulnérables dans une précarité indescriptible. Comment pouvez-vous expliquer que les gens censés travailler pour le développement du pays se mettent à piller les ressources de leur Etat hypothéquant ainsi la vie de plusieurs générations ? L’accès à l’eau potable, à l’électricité, le système éducatif et sanitaire, la nourriture, le transport, le logement, etc. sont un calvaire pour les Congolais.

Comme vous le savez chers hommes et femmes politiques, pour détruire une nation, il suffit de favoriser la corruption et de désarticuler son système éducatif. Les deux armes capables de détruire un pays sont devenues des piliers de la vie quotidienne en RDC. La corruption ne gangrène pas seulement la sphère politique mais toutes les entités socio-économiques de notre pays (entreprises, établissements d’enseignement, hôpitaux, justice, etc.). Les fonds détournés ne servent pas à financer des activités créatrices d’emplois pour les jeunes, mais sont transférés dans les banques étrangères et dans les paradis fiscaux. Aucune politique d’éducation réaliste qui va de l’école maternelle jusqu’à l’université n’existe, le Ministère de l’éducation étant éclaté en plusieurs Ministères pour servir les acolytes politiques.

Mesdames et Messieurs, l’impression qui se dégage lorsqu’on analyse les comportements individuels et collectifs de l’élite politique congolaise est de se trouver en face des mercenaires et des sous-traitants en activité dans une zone opérationnelle. Les entreprises publiques, hier fleurons de l’économie nationale, sont devenues des canards boiteux ; les nominations sont faites sur base de l’activisme politique et non sur base de compétences.

Mesdames et Messieurs, l’expérience a montré que le développement d’un pays n’est pas forcément lié aux ressources naturelles qu’il regorge mais bien par la qualité de ses élites. Les universitaires corrompus sont à la base de la destruction du pays. Il n’est pas rare d’entendre les gens analphabètes dire : « le pays est détruit par ceux qui ont été à l’université ».

Votre responsabilité dans le chaos politique actuel

Chers femmes et hommes politiques, comme vous le savez bien, une démocratie solide est une construction dans le temps. Aucun Etat démocratique dans le monde n’a consolidé ses institutions en une ou deux législatures. Les élections de 2006 et 2011, malgré leurs imperfections, ont permis à la RDC d’entrer sur la voie de stabilisation des institutions, avec une observance d’un cycle électoral tous les 5 ans, condition essentielle à la consolidation de la démocratie en vue du développement socio-économique du pays.

Mesdames et Messieurs, la non-organisation des élections générales en 2016 a plongé ce vaste pays ne disposant pas d’infrastructures de base adéquates, dans un cycle chronique de crises multiformes. Les dialogues effectués n’ont rien changé dans le comportement des hommes et des femmes politiques congolais. Les opposants qui ont rejoint le pouvoir ont formé leur plate-forme (FCC) et les transfuges du pouvoir ont aussi formé leurs regroupements politiques avec les opposants (RASSOP, ENSEMBLE, etc.). Dans ces conditions, il est intellectuellement malhonnête, de prétendre que de tels regroupements, fondés non sur des idéologies politiques mais sur base des intérêts de la longueur du tube digestif de tout un chacun, soient capables d’apporter des solutions objectives et durables aux problèmes de la société. Des gens connus pour leur versatilité, capables de changer de parti politique et de discours au gré des intérêts matériels, ne peuvent construire un Etat démocratique.

Mesdames et Messieurs, la tenue le 23 décembre 2018, d’élections libres, crédibles et transparentes dans un climat apaisé est attendue de tous. L’utilisation de la machine à voter et le nettoyage du fichier électoral constituent les points les plus importants qui divisent les hommes et femmes politiques congolais. Des discours extrémistes sont entendus de partout : « Sans la machine à voter, pas d’élections en RDC », « avec la machine à voter, pas d’élections en RDC ». Une analyse approfondie de ces discours montre qu’il s’agit ni plus ni moins de l’irresponsabilité des uns et des autres. Lorsqu’une élite politique est incapable de trouver une solution intermédiaire au point qui divise pour faire avancer le processus et est capable de faire éclater les acquis obtenus de longues luttes (limitation du mandat à cinq ans une fois renouvelable, non modification de la constitution pour des intérêts partisans, alternance démocratique), il y a lieu de se poser la question sur la vision des hommes et femmes politiques congolais. Vous ne devez pas vous moquer indéfiniment de la république.

Dans un pays très enclavé comme la RDC, la gestion des élections est une tâche très complexe qui demande aux acteurs impliqués un sens élevé de responsabilité. En conditionnant les élections par l’utilisation de la machine à voter sans fondement juridique, vous préparez la contestation aux conséquences multiples et incalculables. En rejetant en bloc la machine à voter, vous préparez le lit d’une nouvelle transition aux contours inconnus et aux finalités incertaines. C’est pourquoi, il est important de trouver des solutions intermédiaires pour que les résultats des élections soient conformes à la vérité des urnes.

Mesdames et Messieurs, au regard de quelques éléments que nous venons d’évoquer, il est fort probable que la République Démocratique du Congo ressemble aujourd’hui à un pays moribond (massacres, insalubrité dans les villes, chômage des jeunes, insécurité alimentaire, indigence sociale, instabilité institutionnelle, pillage des ressources, systèmes éducatif et sanitaire désarticulés, la liste est longue), sans perspectives claires de progrès.

Mesdames et Messieurs, dans tous les pays du monde, les élites ont toujours été des éclaireurs et des guides des peuples pour sortir leurs pays du sous-développement. Mais en RDC, les élites sont devenues des bourreaux de la république, des hommes et femmes préoccupés par le bourdonnement du ventre. En effet, sans la remise en cause des élites nationales, la RDC restera toujours un pays pauvre en dépit de ses immenses ressources naturelles. De nombreux pays étrangers, villes et quartiers ont vu les conditions de vie de leurs populations s’améliorer grâce aux ressources naturelles pillées en République Démocratique du Congo avec la complicité des élites congolaises.

Mesdames et Messieurs, il n’est jamais trop tard pour mieux faire. Les souffrances des femmes et enfants, l’absence d’écoles dignes pour l’éducation, le mépris que les autres ont vis-à-vis du peuple congolais, l’indigence sociale galopante, les accaparements de nos ressources sans contrepartie par les charognards de tout bord, etc. devraient être des éléments interpellateurs de toutes les élites de la RDC.

Mesdames et Messieurs, au nom du GRAD-RDC, recevez nos salutations distinguées.

Professeur Jean de Dieu MINENGU, Directeur exécutif du CABD ; +243995842649

Professeur Jean Claude BWANGANGA, Coordonnateur du GRAD-RDC, +243812521313

Fait à Kinshasa, le 16 octobre 2018

Vous pouvez télécharger le programme ici :

Lettre ouverte à l’élite politique congolaise

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