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La gestion des déchets dans les villes congolaises

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Depuis une vingtaine d’années, l’état environnemental des agglomérations urbaines de la plupart des villes de la République Démocratique du Congo, se caractérise par l’insalubrité totale due à l’accumulation des déchets. La gestion des déchets demeure problématique pour un grand nombre de Villes de la RDC, dont les besoins en assainissement ne sont que très accidentellement couverts de manière satisfaisante, entraînant par conséquent décharges et dépôts incontrôlés. Les décharges brutes en plein air provoquent la pollution de l’air (émission de méthane), des eaux souterraines et de surface et les déchets jetés improprement dans les canaux de drainage, les tributaires et les rivières, bloquent les flux d’eau et créent des milieux propices pour les vecteurs de maladies comme les rats et les moustiques.

La question de la gestion durable des déchets renvoie aussi à la problématique de l’évolution démographique, à l’organisation de l’espace urbain et à l’analyse approfondie du comportement individuel et collectif des citadins. Ainsi, la gestion des déchets pose un sérieux problème au pouvoir public. Le programme National d’Assainissement, structure étatique de gestion des déchets, souffre de manque de moyens matériels, financiers et humains pour assurer l’évacuation des déchets.

Gestion des déchets et changement climatique

La gestion est l’ensemble des dispositions permettant la collecte, le transport et l’élimination écologique et rationnelle des déchets. L’objectif de la gestion est de limiter l’impact de ces résidus indésirables des activités anthropiques sur l’environnement. Que ce soit lors du traitement des déchets à proprement parler ou pendant les phases de transport (collecte, transfert), on assiste à des émissions de gaz à effet de serre. Il existe essentiellement deux grandes catégories des déchets : les solides et les liquides.

1. Collecte et transport : première étape du cycle des déchets, la collecte vise à leur regroupement avant traitement et valorisation. La collecte peut se faire en porte-à-porte, au moyen de véhicules dédiés, ou après une étape préalable d’apport volontaire vers des containers spécifiques (emballages, verre, papier). Les déchets ainsi collectés auprès des marchés, des ménages ou des entreprises sont ensuite regroupés puis transportés vers leur lieu de traitement et de valorisation. Les GES émis pendant cette phase proviennent de l’utilisation de carburants pour le transport des déchets. Le changement de carburant peut permettre de réduire les émissions de GES.

2. Tri, recyclage et valorisation matière : les déchets sont triés pour séparer les matériaux présents. Les matériaux valorisables sont ensuite recyclés en étant réintroduits dans le cycle de production en substitution partielle ou totale d’un matériau (papier, verre, acier, etc.) ou préparés afin d’obtenir un combustible solide de récupération. Les GES émis au cours de cette phase proviennent des consommations énergétiques nécessaires au fonctionnement des installations de tri. Le recyclage permet d’éviter l’émission de GES, les produits recyclés venant en substitution de matériaux dont la production aurait généré des émissions de GES.

3. Traitement biologique (compostage, méthanisation) : ce type de traitement permet de valoriser des déchets biodégradables au moyen d’une fermentation aérobie/anaérobie pour obtenir un amendement organique valorisable en agriculture. Le compostage permet de stabiliser les déchets au moyen d’une fermentation aérobie. Dans un contexte de bonnes pratiques, les déchets sont aérés régulièrement et leur dégradation ne génère que du dioxyde de carbone (une bonne conduite d’opération sur site de compostage ne devrait pas donner lieu à des émissions de méthane.). Ce dioxyde de carbone n’est pas pris en compte dans le bilan final car il provient de la biomasse.

Dans le cas de la méthanisation, le contrôle de la fermentation anaérobie des déchets dans un méthaniseur permet de produire du biogaz contenant majoritairement du méthane. Le biogaz produit est capté et brûlé au moyen de torchères ou pour produire de l’énergie thermique ou électrique. Ici aussi, le dioxyde de carbone issu de la combustion n’est pas pris en compte dans le bilan final car il provient de la biomasse. Au cours de ces traitements, des émissions de N2O peuvent survenir.

4. Incinération : Elle consiste à brûler les déchets dans un four spécialement adapté à une température d’environ 850 °C en libérant de la chaleur et de la vapeur, des effluents gazeux (fumées), des mâchefers et des cendres volantes. Comme l’indique la loi de la conservation de la matière (Lavoisier) : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », l'incinération n’échappe pas à la règle. Les déchets sont transformés en cendres et en fumées, mais en aucun cas les déchets ne disparaissent. Ce qui rentre dans un incinérateur ressortira sous une autre forme en ayant souvent gagné en toxicité.

L'incinération permet de réduire le poids et le volume des déchets. Si la réduction du volume a été pendant longtemps la préoccupation principale pour les élus, malheureusement, en matière d’environnement, le poids et le volume des déchets sont des critères absurdes, le véritable critère étant la toxicité des déchets

Dans la ville de Kinshasa, certains ménages se débarrassent de leurs ordures en les brûlant au fond de leurs parcelles. Cette pratique est une mauvaise habitude qui nuit à l’environnement et à la santé. Pratiquée à domicile, l’incinération se fait toujours à une température insuffisante pour détruire l’ensemble des composants des déchets, ils vont donc se retrouver sur les sols. De plus, les fumées ne sont pas filtrées et sont directement rejetées dans l’air avec leurs polluants. Les risques de production de dioxines et de furanes sont réels. Ils peuvent causer des cancers et perturber le système immunitaire.

Composition des déchets

Les déchets solides identifiés dans les villes congolaises sont des plusieurs natures : biodégradables (feuilles, branches, cartons, papiers, etc.) ; non biodégradables (métal, verre, plastique, etc.). Les déchets biodégradables sont faciles à éliminer car ils se minéralisent et se recyclent dans l’écosystème. Mais les déchets non biodégradables constitués de métal, de verre ou de matière plastique comme les sachets (véritable fléau urbain), ne s’éliminent qu’après plusieurs dizaines ou centaines d’années. La composition physique des déchets urbains solides de la ville de Kinshasa est donnée dans le graphique ci-dessous.

Les émissions du méthane par les déchets, font de ceux-ci, une préoccupation face au réchauffement de la planète. En RDC, le mode de stockage et /ou de traitement des déchets, favorise les émissions de gaz à effet de serre. Les immondices sont non seulement mal gérées mais aussi et surtout le plus souvent, laissées longtemps à l’air libre.

Mesures de lutte contre les impacts des déchets sur l’environnement

Les mesures à prendre pour limiter les impacts de déchets sur l’environnement peuvent se résumer comme suit :

-Mettre sur pied un système de sensibilisation et d’information de la population sur les impacts de déchets sur l’environnement et les méthodes de gestion ;

-Dans une optique de gestion durable de l’environnement, la priorité doit donc être donnée aux opérations de valorisation matière, telles que le recyclage, le compostage et la méthanisation.

En matière de gestion des déchets, il faut éviter le déplacement des problèmes et le transfert de pollution. L’accent doit être mis sur la valorisation matière qu’en l’enfouissement ou l’incinération.

La Rédaction, le 31 octobre 2018

Vous pouvez télécharger le programme ici :

La gestion des déchets dans les villes congolaises

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