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L’agriculture urbaine (maraîchage) à Kinshasa : analyse et enjeux

Article

Contexe

L’agriculture urbaine fait partie de l’histoire et de la culture de la ville de Kinshasa depuis plus de 50 ans. Son identité en fait aujourd’hui un élément incontournable du paysage de la ville, et un patrimoine économique et culturel. Elle joue un rôle non négligeable dans l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la ville de Kinshasa avec près de 150 000 tonnes de légumes produits sur plus de vingt espèces.

L’agriculture urbaine fait face à des nombreuses contraintes : la faiblesse du suivi technique et d’encadrement, le changement climatique, les accaparements des terres agricoles, la dégradation accélérée des terres, etc.

Enjeux socio-économiques

Du fait de la demande en main d’œuvre, les cultures maraîchères permettent de lutter contre le chômage et d’occuper de nombreuses familles pauvres dans la ville de Kinshasa. Elles contribuent de manière essentielle à la sécurité alimentaire, à la diversification de revenus et ce faisant, à la lutte contre la pauvreté.

La consommation moyenne des légumes à Kinshasa est de 25 kg/personne/an correspondant à près de 70 g/jour. Cette consommation est inférieure à la moitié du minimum recommandé par la FAO et l’OMS, qui est de 400 g par personne et par jour. La ville de Kinshasa consomme environ 150.000 tonnes de légumes par an, et la demande augmente de 3-5% par an. Pour une population estimée à 10 (dix) millions d’habitants, la ville de Kinshasa a besoin de près de 250 000 tonnes de légumes par an pour une consommation moyenne de 25 kg/personne/an.

Les sites maraichers de la ville de Kinshasa produisent environ 90% de légumes frais consommés à Kinshasa et la valeur de cette production était estimée en 2012 à 19 millions d’USD bord-champ et plus de 37 millions d’USD au niveau du commerce de détail.

Malgré la contribution combien importante de cette activité dans la sécurité alimentaire, le rôle du pouvoir public est très peu perceptible dans le sens de rendre cette activité durable.

Enjeux technico-environnementaux

A Kinshasa, la performance de la production agricole repose essentiellement sur l’apport en matières organiques. Cet apport est d’autant plus important que les sols très sablonneux de Kinshasa ont naturellement une faible teneur en argile et humus, ce qui se traduit par une faible capacité de rétention des éléments nutritifs et de l’eau.

Les immondices et ordures ménagères sont non seulement difficiles à transporter jusqu’aux sites de production maraîchère, mais aussi encombrées de beaucoup d’emballages en plastics et autres substances non biodégradables. En plus, leur manipulation exige des précautions sécuritaires sans lesquelles on s’expose à des problèmes de santé. L’utilisation des déchets urbains biodégradables dans la production maraîchère présente un certain nombre de risques du fait de la présence des métaux lourds (cadmium, chrome, nickel, plomb, cuivre, zinc, etc.).

La mauvaise gestion des déchets ménagers à Kinshasa a fait de tous les cours d’eau traversant la ville, un véritable lieu d’évacuation de toute sorte d’ordures. La qualité de l’eau utilisée en maraîchage dans certains sites se trouve ainsi affectée. Il faut 3 à 4 litres d’eau/jour pour arroser 1 m2 de cultures maraichères.

Les quantités d’engrais minéraux et de pesticides utilisées pour la production des légumes à Kinshasa sont en moyenne de 30 kg d’urée et de 30 kg de N-P-K (Azote-Phosphore-Potassium)/an/maraîcher. Par contre, les besoins en pesticides sont de 0,5 litre de produit/an/maraîcher. L’utilisation de ces produits entraîne la pollution des eaux et du sol et des émissions des gaz à effet de serre calculées selon la méthode de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie « ADEME », évaluées en moyenne à 185 kg équivalent CO2/an/maraîcher. L’usage des pesticides entraîne aussi la destruction des insectes pollinisateurs et des auxiliaires. Le maraîchage permet aussi d’éviter l’érosion génétique des espèces maraîchères locales.

Contraintes liées à la production maraîchère à Kinshasa

Les conseils techniques et le renforcement des capacités assurées par les Structures d’appui au maraîchage par l’approche champ école paysan, ont montré leur efficacité, avec une amélioration de la quantité, de la qualité et de la sécurité des produits du maraîchage; mais de nombreuses contraintes pèsent encore sur les cultures maraîchères.

Les principales contraintes et les quelques risques liés à l'activité maraîchère à Kinshasa sont (i) les coûts élevés des intrants, notamment les engrais (1,5 UDS/kg), les semences et les produits phytosanitaires (20 USD/litre), (ii) les cultures maraîchères sont en général sujettes à beaucoup de maladies et ravageurs qui peuvent engendrer des pertes importantes, (iii) les marchés des produits maraîchers sont très fluctuants et saisonniers, (iv) les produits sont périssables et les infrastructures de stockage et de conservation sont inexistantes, (v) les fonctions de sensibilisation et de vulgarisation agricoles sont souvent exercées par les Organisations Non Gouvernementales de Développement et autres organisations paysannes. Du fait des moyens limités, ces structures ne peuvent mettre en œuvre un suivi technique durable.

L’expansion urbaine, l’absence d’un plan d’urbanisme et l’impunité, ont aggravé l’insécurité foncière dans la ville de Kinshasa constituant ainsi une menace pour l’avenir de l’activité maraichère. Cette situation appelle à des actions de coordination et de concertation afin que le potentiel agricole soit réellement mis au service du développement.

Conclusion

L’agriculture urbaine dans la ville de Kinshasa (maraîchage) présente de nombreux atouts pour relever les défis alimentaires, sociaux et environnementaux. Mais elle doit s’adapter et innover face à des contextes changeants car elle connaît d’énormes difficultés liées à l’insécurité foncière, aux aléas climatiques, à l’absence de suivi technique et de formation. Malgré ces énormes contraintes, l’agriculture urbaine (maraîchage) s’est fortement développée pendant ces dernières années. Au-delà de la production, se profile de nombreux enjeux socio-économiques (sécurité alimentaire, création d’emplois, diversification des revenus) et environnementaux (réduction de la pollution, protection de la biodiversité, etc.).

Etre agriculteur nécessite des connaissances et des compétences à la fois techniques, économiques et humaines. La formation et la sensibilisation sont la première composante à développer dans la logique du développement agricole durable. Les actions telles que l’octroi d’intrants/crédits agricoles doivent donc laisser la place à l’amélioration des compétences des agriculteurs par la sensibilisation et la formation à travers des outils efficaces.

Pour contribuer de manière durable à l’amélioration de la sécurité alimentaire et des revenus des paysans producteurs de la ville de Kinshasa, l’intégration de l’agriculture urbaine dans le programme du développement urbain est nécessaire et obligatoire.

Fai à Kinshasa, le 10 décembre 2017

La Rédaction

Vous pouvez télécharger le programme ici :

L’agriculture urbaine (maraîchage) à Kinshasa : analyse et enjeux

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Commentaires

suka mayi jossard
merci pour l'oganisation de tous que vous avais fait || 15/01/18 - 02:01:24
Kimbeni Marie-Claire
|| 08/01/18 - 02:01:54
Kimbeni Marie-Claire
|| 08/01/18 - 02:01:06
Mulembakani Tengua christian
des nombreuses études ont également démontré que l'eau utilisée pour arroser les champs des maraîchers est de mauvaise qualité, elle est poluée. cette intoxication de l'eau est aggravée à la suite des déversements des immondices dans l'eau. || 12/12/17 - 07:12:36
Mulembakani tengua christian
Des nombreux études ont révélé que les légumes consommés à kin n'est pas du tout propre à la consommation car ils renferment des metaux lourds notamment cd, pb, mercure etc., les rendements sont faibles. A cet effet, le gouvernement congolais doit encadrer cette activité en organisant des formations techniques continuent en faveur des maraîchers en vue d'améliorer la production maraîchère et. de lutter contre l'intoxication saline, et surtout celles causées par les métaux lourds. || 12/12/17 - 07:12:24
Mimpi mpele moïse
j'ai trouvé intéressant l'atelier vu que suis un Ir en agronome formation. || 11/12/17 - 05:12:42
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