EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

Le changement climatique accroît les incertitudes et menace la lutte contre la pauvreté

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Certains pays et certaines populations ressentent déjà les effets de plus en plus marqués du changement climatique : sécheresse, inondations, catastrophes naturelles plus intenses et plus fréquentes, élévation du niveau des mers, notamment. Et les plus vulnérables sont aussi les plus durement touchés.

Avec l’accord de Paris (a), la communauté internationale s’est engagée à limiter à moins de 2 degrés Celsius (° C) le réchauffement climatique, par rapport aux niveaux préindustriels, d’ici la fin du siècle. Elle doit même « s’efforcer de limiter » la hausse des températures pour qu’elle reste nettement inférieure à 1,5° C.

Les températures mondiales ont déjà augmenté de 1,2° C (a) par rapport aux niveaux préindustriels. Le changement climatique accroît les incertitudes et menace la lutte contre la pauvreté.

Faute de mesures rapides pour atténuer la vulnérabilité, donner accès aux services essentiels et renforcer la résilience, le changement climatique risque de faire basculer plus de 100 millions de personnes dans la pauvreté d’ici à 2030.

L’impact des phénomènes climatiques extrêmes se chiffre à 520 milliards de dollars en pertes de consommation par an et plonge chaque année 26 millions de personnes dans la pauvreté.

Le changement climatique a déjà des effets visibles et mesurables sur la santé humaine, et ces effets devraient s’accentuer (a). Chaque année, les co-polluants liés aux émissions de carbone causent plus de 7 millions de décès prématurés, et on estime que le coût des dommages directs pour la santé sera compris entre 2 et 4 milliards de dollars par an d’ici à 2030.

La sous-alimentation sera l’un des effets les plus graves (a) du changement climatique sur la santé. À l’échelle mondiale, on anticipe une baisse de 6 % des rendements du blé, et de 10 % de ceux du riz (a), pour chaque nouvelle hausse de 1° C de la température mondiale, avec de graves conséquences en termes de sous-alimentation et de retard de croissance parmi les enfants dans les régions pauvres ou confrontées à l’insécurité alimentaire : d’après les estimations, le nombre d’enfants présentant un retard de croissance augmentera de 7,5 millions d’ici 2030 — dont 4 millions souffriront d’un retard de croissance sévère —, puis de 10 millions (a) en 2050.

Le changement climatique devient une cause majeure de migrations internes

Selon le rapport Groundswell : se préparer aux migrations climatiques internes, récemment lancé par la Banque mondiale, plus de 143 millions de personnes dans trois régions du monde (Afrique subsaharienne, Amérique latine et Asie du Sud) pourraient être contraintes de migrer à l’intérieur de leur pays à l’horizon 2050, afin d’échapper aux effets du changement climatique, tels que la sécheresse et les mauvaises récoltes.

Avec une action concertée, et notamment des efforts mondiaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), ainsi qu’un développement bien planifié dans chaque pays, le nombre de ces migrants internes pourrait être réduit de 80 % (soit plus de 100 millions de personnes).

Une transition ordonnée vers une économie mondiale résiliente et à faibles émissions de carbone requiert plusieurs milliers de milliards de dollars

Sur les 15 prochaines années, le monde aura besoin d’environ 90 000 milliards de dollars d’infrastructures nouvelles, pour l’essentiel dans les pays en développement et à revenu intermédiaire (a). Il est critique et urgent d’opérer les bons choix en faveur d’une infrastructure climato-résiliente et garante d’un développement sobre en carbone. Si l’on agit dès à présent, on évitera des coûts considérables à l’avenir.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que, pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2° C d’ici la fin du siècle, il faudra investir en moyenne 3 500 milliards de dollars par an dans le secteur de l’énergie, jusqu’en 2050 (a).

L’action climatique offre des possibilités considérables pour parvenir à un développement mondial durable, avec des opportunités d’investissement qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars et, à la clé, plus d’innovation et la création d’industries vertes et de nouveaux emplois.

D’après la Société financière internationale (IFC), les engagements pour l’action climatique de 21 économies émergentes représentent, à eux seuls, 23 000 milliards de dollars en opportunités d’investissement (a).

Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), la transition énergétique mondiale pourrait se traduire par 19 000 milliards de gains économiques d’ici 2050 (a).

L’accord de Paris requiert une action mondiale coordonnée, d’une ampleur et d’une rapidité inédite

Si l’on veut atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), il faut impérativement lutter en même temps contre le changement climatique. À l’horizon 2050, il faudra nourrir 9 milliards de personnes tout en réduisant les émissions, permettre à 1,1 milliard de personnes d’accéder à l’électricité tout en abandonnant les combustibles fossiles et loger 2 milliards de nouveaux citadins tout en limitant l’empreinte carbone et en améliorant la résilience des villes.

Les pouvoirs publics doivent agir, notamment en instaurant une tarification du carbone, pour inciter au changement

La tarification du carbone est une politique à la fois simple, équitable et efficace pour faire face au changement climatique. Elle peut également avoir des effets bénéfiques supplémentaires (réduction de la pollution atmosphérique et des embouteillages, par exemple), tout en évitant l’adoption de mesures, de plus en plus coûteuses, destinées à remédier aux impacts délétères des trajectoires de croissance carbonées.

La tarification du carbone permet aux entreprises de gérer leurs risques, de planifier leurs investissements dans des processus de production sobres en carbone et d’encourager l’innovation. La dernière édition du rapport State and Trends indique que huit nouvelles initiatives de tarification du carbone ont été lancées, et que deux autres sont prévues en 2018, soit 47 initiatives mises en œuvre ou en projet. Au total, 67 pays et collectivités territoriales, qui représentent environ la moitié de l’économie mondiale et plus d’un quart des émissions mondiales de GES, fixent un prix pour le carbone.

Cependant, pour que les investissements s’accroissent, il faut que la tarification du carbone se développe, et que le prix soit plus élevé. Actuellement, dans 85 % des cas (toutes formes de tarification confondues), la tonne d’équivalent CO2 coûte moins de 10 dollars.

En mai 2017, la Commission de haut niveau sur le prix du carbone (a), dirigée par Joseph Stiglitz et Nicholas Stern, a conclu qu’un prix compris entre 40 et 80 dollars la tonne d’équivalent CO2 en 2020, et entre 50 et 100 dollars en 2030, permettrait d’atteindre l’objectif principal de l’accord de Paris : la limitation du réchauffement climatique à moins de 2° C.

Banque Mondiale

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