EADEV : L’environnement, l’agriculture et la politique pour le développement durable

Le programme ‘’Villages agricoles’’ dans l’ancienne province de Bandundu : le temps de la réflexion

Article

Introduction

La République Démocratique du Congo est un pays spécialisé dans des programmes de développement qui font dépenser au Trésor public des millions/milliards pour zéro résultat. Les exemples sont nombreux : le parc agroindustriel de Bukanga Lonzo, le Contrat chinois, les Campagnes agricoles, etc. L’élite politique de la République Démocratique du Congo mérite-t-elle les qualitatifs « Excellence, Honorable » ? La réponse c’est dans nos prochains numéros.

Le programme « villages agricoles », adopté par la conférence économique était placé sous la tutelle du Ministère provincial de l’Agriculture, Pêche, Elevage et Travaux publics et dirigé par un Coordonnateur.

Les objectifs visés par le programme :

  1. augmenter de manière sensible la production agricole, favoriser l’accès des produits aux marchés locaux et urbains, améliorer les infrastructures de base ;
  2. (permettre aux familles paysannes, principales bénéficiaires, de réduire leur dépendance extérieure sur le plan alimentaire et lutter en même temps contre la pauvreté en créant des emplois et en augmentant la production du secteur agropastoral ;
  3. construire des logements sociaux et l’approvisionnement en eau potable et en électricité à travers des micro-barrages.

En rapport avec les objectifs visés, trois questions méritent d’être posées :

  1. S’agissant de l’augmentation de la production agricole et l’amélioration des infrastructures de base, quels sont les produits agricoles de base dont la production a connu une augmentation après la mise en œuvre du programme ? Combien de kilomètres de routes ont été construits ou réhabilités à partir du programme ?
  2. En ce qui concerne la dépendance alimentaire de la province et la création d’emplois, combien de produits alimentaires extérieurs ont été remplacés par des produits locaux ? Combien d’emplois en faveur de la jeunesse ont été créés ? Pour rappel, les deux grandes villes de l’ancienne province de Bandundu : Kikwit et Bandundu-ville dépendent comme toutes autres villes de la RDC des importations alimentaires surtout pour les produits d’origine animale (viande, lait, œufs, etc.).
  3. Pour les logements sociaux et l’approvisionnement en eau et électricité, la qualité de l’habitat a-t-elle connu une amélioration ? Combien de villes ont été électrifiées après le programme à travers des micro-barrages ? Combien de ménages ont eu accès à l’eau potable ?

L’analyse sérieuse de tout ce que nous venons de décrire ci-haut indique clairement que l’élite politique de la République Démocratique du Congo n’a aucun souci du bien commun et continue à croire que le développement du pays viendra du ciel et non des actions de développement qu’elle doit mener sur le terrain. Des millions de dollars investis, près de 200 tracteurs mobilisés, pour zéro résultat.

‘’Réalisations’’ du programme villages agricoles

Il est vrai que quelques champs de manioc, de maïs, etc. ont été installés dans le cadre du programme ‘’villages agricoles’’ le long de la route Kinshasa – Kikwit (production de semences ou produits alimentaires). Le SENASEM est un service public spécialisé dans la production des semences en RDC et dispose d’un personnel qualifié. Faut-il mettre en place un autre programme parallèle pour produire des semences en RDC ? Le gouvernement, qu’il soit national ou provincial, peut-il s’amuser à faire des champs dans un pays où la majorité de la population vit de l’agriculture ? La mission de l’Etat devrait au contraire s’orienter vers la réhabilitation des routes de desserte agricole, la redynamisation des structures de l’Etat chargées de soutenir l’agriculture, l’appui aux agriculteurs en intrants agricoles, etc.

La question de la dépendance alimentaire de la République Démocratique du Congo vis-à-vis des importations alimentaires étonne toute l’humanité. L’élite politique congolaise se sent-elle à l’aise de gouverner un pays potentiellement riche mais avec un peuple dépourvu de tout ? Il faut avoir des oreilles bouchées, des yeux fermés, un cœur remplacé par un morceau de pierre pour ne pas être interpellé par cette situation paradoxale.

L’emploi des jeunes en République Démocratique du Congo est une question qui devrait préoccuper les acteurs politiques. Les jeunes qui terminent les études supérieures n’ont aucune chance de trouver du travail dans ce pays où l’intérêt collectif n’a pas de place dans la gouvernance de la société. Il est totalement aberrant de penser qu’un programme du genre ‘’villages agricoles’’ (10.000 emplois prévus) soit capable de créer un seul emploi en faveur de la jeunesse de l’ancienne province de Bandundu. Les Universités de Kikwit, de Bandundu et du Kwango envoient sur le marché du travail des milliers des diplômés, combien de jeunes universitaires trouvent de l’emploi cinq ans après leurs études ?

La qualité de l’habitat pose problème en République Démocratique du Congo en général et dans l’ancienne province de Bandundu en particulier. Le programme ‘’villages agricoles’’ avait prévu de construire des logements sociaux. Mais il s’avère qu’à la fin tragique de ce programme, aucun village de l’ancienne province de Bandundu n’a bénéficié de logements sociaux. Des faux espoirs pour endormir davantage un peuple clochardisé et malmené par ses propres filles et fils.

En République Démocratique du Congo, l’accès à l’eau potable et à l’électricité est un chemin difficile à emprunter en dépit des vastes ressources en eau et en électricité dont dispose la RDC. Près de 1% des congolais en milieu rural ont accès à l’électricité et moins de 40% ont accès à l’eau potable. Un programme comme le ‘’villages agricoles’’, mal conçu et mal exécuté ne peut rien apporter dans ce domaine.

On peut affirmer sans être contredit que le programme ‘’villages agricoles’’ ressemble à un discours politique, activité dont les hommes politiques congolais maitrisent parfaitement : démagogie, tromperie, irrationalité, etc.

C’est qu’il fallait faire

La mission première de l’Etat est de d’organiser la société. L’Etat agriculteur, maçon, mécanicien, etc. n’existe plus dans la société moderne. Le métier appartient à ceux le pratiquent ; chercher à remplacer les agriculteurs par des programmes bidons ou par les initiatives politiques n’ayant aucun rapport avec le développement est une mauvaise approche.

La pédagogie nous apprend que pour un bon apprentissage, il vaut mieux commencer par des petites choses avant d’embrasser des équation s compliquées. A la place du programme ‘’villages agricoles’’, voici c’est qui pouvait être fait dans ce pays où les hommes politiques cherchent à amorcer des actions dont il ne dispose aucun moyen matériel ni financier :

  1. Au lieu de labourer des hectares des terres en vue d’installer les cultures déjà réalisées par les paysans, il était prudent de soutenir les efforts du SENASEM et du SNV dans la production de semences et l’encadrement des agriculteurs ;
  2. Pour l’amélioration de la qualité de l’habitat, il n’y a aucun calcul mathématique compliqué à faire, l’installation des petites Unités de production de briques cuites dans les différents territoires de la province serait la solution idéale. La gestion de ces Unités devrait être confiée aux privés.
  3. S’agissant de la réduction des importations alimentaires, la construction des quelques fermes pilotes dans les villes et centres urbains de l’ancienne province de Bandundu réduirait à court terme ce qui ressemble à une humiliation nationale. La gestion de ces fermes devrait aussi être confiée aux privés. Le gouvernement provincial n’a pas de temps pour faire des champs ou gérer des fermes. Importer de la viande, du lait, des œufs, du beurre d’arachide, etc. est un crime et une catastrophe nationale.
  4. Pour ce qui est de l’approvisionnement en eau, il faut être de mauvaise foi pour manifester l’incapacité à apporter l’eau et l’électricité à la population congolaise. L’immensité des eaux de surface et souterraine ne peut justifier cette situation. Les simples forages, l’aménagement des points d’eau, la sensibilisation de la population, peuvent suffire comme actions pour régler le problème d’approvisionnement en eau. Les fonds importants ont été mobilisés pour la construction du barrage de Kakobola ; à quand la distribution de l’électricité ?

En bref, le programme ‘’villages agricoles’’ doit être aligné sur la liste des initiatives ayant pour objectif de saigner les caisses de l’Etat et de rendre la population congolaise de plus en plus pauvre. Rien ne sert de parler du bilan dans ce programme qui sentait du roussi.

Conclusion

L’ancienne province de Bandundu est une grande zone agricole comme les autres provinces de la RDC. Les denrées produites par les agriculteurs : manioc, banane, maïs, ananas, arachide, huile de palme ont du mal à atteindre les grands centres de consommation. La première action se situerait dans la réhabilitation des routes de desserte agricole. Aider les agriculteurs à évacuer leurs produits est une approche pragmatique. Avant de penser à déplacer les grandes montagnes, commencer par déplacer les petites pierres.

En dépit des campagnes de publicité organisées autour de ce programme ‘’villages agricoles’’, les résultats sont inexistants. Les autorités congolaises doivent apprendre à faire des évaluations des programmes et projets mis en œuvre. Les panneaux, les pancartes, les calicots, les discours politiques ont remplacés les réalisations sur le terrain en RDC et les conditions de vie de la population restent précaires et médiocres.

Les faibles moyens financiers dont nous disposons doivent être canalisés vers des actions qui apportent un changement dans la vie de notre population. L’élite intellectuelle de notre pays doit se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard, le peuple est fatigué de nos turpitudes et de notre incapacité à développer le pays.

La jeunesse de la RDC ne doit perdre de l’espoir, il faut au contraire persévérer et travailler pour que le Congo ne soit pas toujours une terre de misère, de pleur, d’impunité, de corruption, d’injustice et de tout le mal du monde.

Fait à Kinshasa, le 23 décembre 2017

Pour la Rédaction

Vous pouvez télécharger le programme ici :

Le programme ‘’Villages agricoles’’ dans l’ancienne province de Bandundu : le temps de la réflexion

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Commentaires

Kimbeni Marie-Claire
|| 06/01/18 - 05:01:29
CABD